Entrevues, Portrait

Alexandre Martel, au-delà de la scène 

Alexandre Martel, un auteur-compositeur-interprète de Québec, est connu pour être un des membres de la formation Mauves, mais également pour avoir son projet solo, Anatole, dont le dernier album Testament est sorti le 28 septembre dernier. Ce que peu de gens savent toutefois, c’est qu’Alexandre Martel est un réalisateur d’album. Rencontre avec un artiste multidisciplinaire qui ne cesse de nous surprendre sur scène et en dehors des planches !

En quoi Anatole est différent d’Alexandre Martel dans la vie de tous les jours?

En tous points dans la mesure où pour moi la scène est comme une espèce d’usine à fantasmes, donc il y a un prétexte pour incarner quelque chose qui est le plus loin de moi possible, le plus loin de mon existence quotidienne. Anatole, c’est quelqu’un de plutôt exubérant qui aime porter des choses un peu extravagantes et confronter les gens alors que dans la vie, ce n’est pas du tout mon cas […] je suis quelqu’un d’assez réservé.

Tu fais de la réalisation d’album – tu as notamment réalisé celui d’Hubert Lenoir – est-ce que ça fait longtemps que tu fais ça?

J’ai toujours réalisé ou coréalisé mes propres choses, soit les disques de Mauves ou d’Anatole. J’ai réalisé un autre disque avant celui d’Hubert Lenoir, l’album Ï de Médora et là j’en ai d’autres qui sont en cours.

Trouves-tu autant le moyen d’être créatif et de repousser tes limites artistiques lorsque tu es réalisateur que lorsque tu es sur scène?

Réaliser des disques c’est beaucoup servir l’artiste avec qui tu travailles. Donc je ne sais pas si c’est repousser autant mes propres limites à moi que repousser les limites de l’artiste avec qui je travaille dans la mesure où ce n’est pas mon rôle d’être celui qui remet les choses en question […] On essaie toujours cependant de marcher un peu sur l’espèce de corde de raide entre le bon et le mauvais goût, on dirait que c’est là qu’est la vraie aventure artistique. Donc ce n’est pas tant de repousser mes propres limites que de voir le plan dans lequel s’inscrit le projet sur lequel on travaille et de repousser les limites qui semblent circonscrire ce projet-là.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’aventurer dans cette voie-là?

J’ai toujours été fasciné par l’album en tant que médium d’expression. C’est à force d’écouter et de décortiquer des disques, essayer de comprendre comment c’était fait, quels choix avaient été faits et pour quelles raisons, pourquoi ça sonnait comme ça, que j’en suis venu à vouloir le faire. C’est toujours aussi le fait d’avoir toujours une opinion sur tout, surtout en art. Je suis une personne qui a des opinions très tranchées, je pense que ça c’est vraiment important ainsi que tester beaucoup de choses : ça aide à se définir en tant qu’artiste. Le fait de toujours avoir un truc à dire sur tout m’a poussé à faire de la réalisation d’album. C’est aussi de détester beaucoup, mais d’aimer passionnément, c’est d’être de mise dans les extrêmes.

Dirais-tu que tu es une personne d’extrêmes?

Dans la vie, en général, peut-être pas, mais quand il est question d’esthétique ou d’art, oui je suis une personne qui est assez dans les extrêmes.

Tu travailles beaucoup l’esthétique de la scène lors de tes spectacles. Te considères-tu comme un metteur en scène?

Oui! Pour mes propres shows et je travaille pour la mise en scène d’autres spectacles musicaux. Je travaille pour d’autres artistes de Québec. Ça vient du même endroit qui me pousse toujours à dire ce que j’ai à dire. Je vais voir un show et je vois ce qui ne marche pas tout le temps donc c’était naturel de vouloir travailler dans cet aspect-là. Dans les dernières années, j’ai aidé Harfang, Medora, Never More than Less, je vais aider Lou-Adriane Cassidy après les Fêtes.

As-tu fait des études en théâtre?

Non. J’ai une maîtrise en littérature en fait. Après une session en théâtre au cégep, j’ai vu que ce n’était pas pour moi, mais j’ai comme un vieux fantasme d’aller faire un conservatoire en théâtre. 

Mais d’où te vient alors cet intérêt de posséder la scène d’une autre manière?

Ça vient de voir beaucoup de spectacles. Mon père était un grand, grand fan de musique. Dès mes 13 ans, j’allais voir énormément de spectacles. Et à Québec il y avait un trop-plein de spectacles qui ne profitaient pas du potentiel qu’offre la scène. La scène, c’est un médium qui offre des possibilités infinies. Les gens se contentent de travailler dans un spectre qui est vraiment infime. Donc, c’était de montrer aux gens que c’est possible de jouer autre chose que des tounes sur une scène.

Est-ce que tu crois, face au regard de certaines réactions du public québécois, je pense notamment aux réactions suscitées à l’ADISQ suite à la remise du trophée d”Hubert Lenoir ou à la moustache de Klô Pelgag, que les gens sont en recherche d’une certaine censure ou qu’ils ont peur de la provocation?

Je ne pense pas que ça vienne directement des gens. Je pense qu’on vit dans une structure sociale qui encourage beaucoup ça, qui emmène les gens à être des bons petits travailleurs et tout ce qui questionne l’ordre des choses établi vient un peu mettre le feu dans cette structure-là. Ça va vraiment loin. Ça commence avec le système d’éducation qui vise à former des travailleurs et non des citoyens. On ne forme pas des gens qui réfléchissent, mais on forme des gens qui sont efficaces […]

Donc tu penses que c’est plus la façon dont on est éduqué qui nous amène à réagir comme ça? Pas nécessairement la peur?

C’est la peur, mais la peur vient de l’éducation qui nous est donnée.

Essaies-tu un peu de brasser la cage lorsque tu es sur scène ?

Oui, mon but c’est vraiment de brusquer les gens dans leur sensibilité et d’aller le plus loin possible sans me faire «péter la gueule». Ce que j’aime beaucoup aussi c’est de recontextualiser le spectacle pour ne plus m’adresser à une masse informe, mais pour m’adresser à une personne à la fois et arriver dans un contexte d’un à un, d’entrer dans l’intimité des gens et d’entrer dans une vraie proximité. Rapidement dans le spectacle tu sens les gens qui sont ouverts à ça et ceux qui sont fermés. J’essaie beaucoup d’aller voir les gens qui sont fermés pour les confronter à leurs propres malaises et au fait que leurs insécurités les poussent à adopter des comportements à la limite violents et fermés aux autres. 

J’imagine qu’au début tu devais le sentir, ton propre malaise, non? Ça devait être confrontant pour toi-même? 

Oui, c’était extrêmement confrontant!

Avec Testament, tu «tues» ton propre personnage. As-tu peur de créer encore d’autres attentes, comme tu l’avais fait avec ton précédent album, et d’avoir encore une fois à tuer Anatole dans un autre projet musical?

Non parce que comme je ne m’efforce plus de remplir des attentes je n’ai plus besoin de me mettre à mort métaphoriquement. Je m’accorde le droit et l’aisance de faire ce qui me tente dans le moment sans avoir rien à justifier par rapport à une trame narrative ou une esthétique particulière. Je pourrais aller faire un album de country en japonais demain matin et je ne sentirais pas le besoin de justifier quoi que ce soit.    

Tu vas donc toujours réussir à surprendre tes plus grands fans?

Oui, mais je vais toujours réussir à me surprendre moi-même en premier et, après, en espérer que ça surprenne les gens.

Quels sont les projets qui s’en viennent pour toi?

Avec Anatole, on fait beaucoup de premières parties cette année, en 2019, avec Hubert Lenoir et Keith Kouna. D’autres spectacles vont être annoncés où on va être en tête d’affiche. Sinon je vais faire plusieurs tournées avec Hubert encore en 2019 et je travaille sur 3 ou 4 albums en réalisation dans la prochaine année.   

Billets pour le spectacle d’Anatole au Zaricot ici.

Crédit photo: Léo Hamel

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