Clément Turgeon
Entrevue

Clément Turgeon – Rêves et aspirations d’un programmateur de festival

L’histoire du Festif! est connue de tous les habitants de la paisible ville de Baie-Saint-Paul. Tout commence dans le Parc du Gouffre, en 2010, avec Les Cowboys Fringants en tête d’affiche. «On n’avait pas tant de mission culturelle. La mission, c’était d’animer notre génération localement et de faire un événement. On n’avait même pas de ligne directrice musicale précise», raconte Clément. Puisque c’est en forgeant qu’on devient forgeron, le grand manitou du Festif! a souvent travaillé dans l’univers de l’événementiel. Cette passion s’est d’ailleurs manifestée assez tôt. «J’ai retrouvé des dessins de moi quand j’avais 8 ans: je faisais déjà des scénarios de spectacles et de festivals. J’ai toujours été un peu organisateur. Ce volet-là m’intéressait».

Festival équilibriste

Même si le Festif! s’est beaucoup transformé au fil de ses premières années d’existence, c’est toujours avec la même passion que Clément Turgeon et ses collègues coordonnent le festival qui fait battre le cœur de Charlevoix. Le défi demeure néanmoins d’associer les bons artistes avec le bon public, tout en gardant en tête l’intérêt des charlevoisiens. «On voit au fil des années que le public s’est précisé. On a fait certains choix artistiques et on le voit dans la vente de billets: les gens viennent beaucoup de Québec et de Montréal. Malgré ça, on veut aussi aller chercher des artistes qui sont localement connus, comme un Karim Ouellet ou un Richard Séguin. Mon défi c’est de trouver un équilibre pour le public local et les gens informés de la scène musicale alternative».

De Led Zeppelin jusqu’à Dany Placard

Un directeur artistique se laisse-t-il influencer par ses goûts musicaux dans les choix qui tissent sa programmation? A priori, oui. «J’écoute 90% des artistes que je book. Je pense que c’est ça la clé; j’ai pas le choix de m’ouvrir musicalement à tout». À l’ère de l’écoute en continue, le disque compact et le vinyle restent ses plate-formes de prédilection pour entendre les nouvelles galettes des artistes d’ici, alors que Spotify sert plutôt de vitrine, où il magasine avant d’acheter. Si la programmation musicale très francophone du Festif! de Baie-Saint-Paul reflète les goûts de son programmateur, ce dernier est tout de même passé par les classiques. «Je ne peux pas renier mes racines; jusqu’à 18 ans, j’écoutais Led Zeppelin, Kiss et Chuck Berry. Ça m’a mené à Galaxie, aux Dales Hawerchuk. De fil en aiguille, j’ai découvert Fred Fortin et Dany Placard». Comme quoi tous les chemins mènent à Fred Fortin.

Programmateur en pantoufles

Du WoodspunX* au Festif!, Clément Turgeon aura appris son métier sur le tas, autant sur le plan personnel que professionnel. Parmi ces apprentissages, il y a celui de prendre le temps d’écouter de la musique. «Ça fait partie de mon rituel maintenant. Depuis 2 ans, j’ai appris que c’est important de se donner le temps de le faire. On donne beaucoup de place à la logistique et aux finances mais ça ne vaut rien si on n’a pas une bonne offre musicale». Toujours résident de la petite ville qui l’a vu naître, Clément a dû adapter quelque peu son rythme de travail à la naissance de sa fille. Par exemple, dans la fréquentation des spectacles et des festivals. «Les shows sont souvent en soirée. Quand tu te lèves à 6h le matin, t’es en pantoufles à 10h. […] Ça reste quand même important d’avoir vu les artistes au moins une fois. J’suis un trippeux de show, mais je m’accorde plus de temps pour voir des festivals».

L’ADN festive d’icitte

Malgré que le Festif! continue d’attirer des foules de plus en plus importantes au fil des années, il n’est nul besoin de s’inquiéter quant à la teneur de la programmation que mijotent annuellement Clément et son équipe. Les musiciens de la scène locale occuperont toujours une place de choix dans la grille horaire. «85% de nos artistes sont du Québec. Ça fait partie de la mission… et ça ne s’arrête pas au francophone. Ça va toujours rester notre ADN. On commence à intégrer des artistes internationaux, parce qu’on a un désir de se renouveler. On a encore le désir de grossir, mais ça ne va jamais se faire au détriment des artistes québécois. Je veux qu’on représente la diversité de la musique québécoise d’aujourd’hui», et jusqu’à maintenant, on peut dire que c’est mission accomplie!

*WoodspunX: Événement de skate et de sports extrêmes ayant vu le jour à Baie-Saint-Paul au tournant des années 2000.

Crédit photo: Jay Kearney.


Le Festif! de Baie-Saint-Paul – 20 au 23 juillet

Le Festif! de Baie-Saint-Paul

Article précédent Article suivant

Vous aimerez peut-être...

Réagissez à cet article

Écrire un commentaire