Entrevues

Dany Placard

Avant de prendre le téléphone pour jaser à Dany Placard, je m’attendais à parler à un musicien discret et concis. Quand il a répondu avec sa voix reconnaissable d’entre cent, le ton chaleureux, j’ai été surpris, comme. J’ai passé les quinze minutes suivantes à jaser avec un Placard en forme et visiblement content de pouvoir parler de son travail.

Son plus récent disque, Full Face, est paru il y a six mois maintenant. La tournée de cet album à l’intention rock étant bien amorcée, j’ai senti le musicien décontracté et décomplexé. Reconstitution.

T’as l’air bien Placard.

Ça va super bien en fait! On a fait une quinzaine de dates un partout au Québec, les salles ont jamais été aussi pleines. Ça doit être parce que l’album a été super bien reçu. Le show commence à être bien rodé aussi, alors on est capable d’ouvrir les tounes un peu et on trippe au boute.

T’es content de la réception de l’album?

Cet album-là, je l’ai pas vécu comme les autres, je n’avais pas la crainte de plaire. Je l’ai vraiment fait pour moi et j’étais même pas stressé au lancement. Avec l’âge et l’expérience, il y a un genre de détachement qui se crée j’imagine. Le détachement est vraiment fait. Je fais ça pour moi et pour avoir du fun avec mes chums.

Ce plaisir que tu as à jouer avec tes musiciens, est-ce que c’est ça qui est à l’origine du son plus rock de Full Face?

Oui, et non. C’est vrai que je mise beaucoup sur l’apport du groupe pour monter les tounes, mais si c’est plus rock, c’est pour casser mes réflexes. Il y a fallu que je me déprogramme, que je me force pour ne pas faire du folk, comme ça faisait quelques albums folk que je faisais. Quand ça sortait folk, je me disais, «umh, non, faut aller ailleurs». Alors je cherchais des sons de guit différents, des structures que je n’avais pas exploré… J’ai enregistré des keys, des cordes… je n’avais jamais vraiment mis de cordes sur un album et, ç’a donné ça.

L’expression est clichée un brin, mais tu cherchais à te mettre en danger comme dans ta création?

Je ne sais pas, pas vraiment, même si chaque fois que tu sors un album tu te mets en danger en quelque part. Mais non, je pense que c’était vraiment par volonté de ne pas me répéter. J’ai fait ça pour moi, pour essayer d’autres affaires. Même en show, je parle moins entre les tounes, on fait des transitions instrumentales et ça nous permet de faire des blocs de 6-7 tounes. C’était surtout ça le but.

As-tu le temps de prendre des contrats de réalisation de ce temps-là?

Oui, je travaille avec Sarah Dufour. D’ailleurs, nous serons de retour en studio très prochainement. Sinon c’est assez relax, mais j’écris beaucoup.

En vue d’une suite à Full Face?

Oui, je ne veux pas attendre trop longtemps avant de sortir un autre album. Le processus est déjà entamé. Je travaille les riffs et quelques idées et on travaille ça en groupe au studio après, parce que je veux que ça avance et je me fie beaucoup sur mes musiciens. On a deux chansons de prêtes et deux autres de terminées à 70%, il faut juste que je me booke un studio. Je ne veux pas faire comme pour les autres albums et tout faire d’un bloc, sur un dix jours.

***

Comme ça se passait bien, et que Placard était de bonne humeur, j’avais envie de l’entendre, de sa perspective de vétéran de la scène rock québécoise indépendante, sur ce que l’on appelait jadis «le son du Lac», étiquette que l’on a apposé à sa musique et à celle de Fred Fortin, Galaxie 500 et autres Dales Hawerchuk.

Le hic, c’est que les musiciens n’aimaient pas bin ça se faire associer à ce «courant», stretché par la presse musique.

Mais la question se pose, 10 ans plus tard, il advient quoi du rock du Québec?

Placard commence sa réponse par un long «ouiiiiin» comme s’il se raclait la gorge. Il marque une pause de quelques secondes et entreprend.

Tu sais, si on n’en parle plus, c’est peut-être que ç’a jamais existé. Moi personnellement, ça ne m’a jamais fait tripper et je pense que c’est pareil pour les autres. C’était quoi au juste ces groupes-là qu’on a associé à un son? Des bands de rock (1), qui viennent toute de la même région (2), qui se sont installés à Montréal dans les mêmes années (3) et qui ont sorti des albums à peu près en même temps (4). C’est plus un adon qu’un son. Sinon, c’est sûr qu’un gars comme Fred Fortin a fait graviter des gars autour de lui, pis tsé, c’est un tabarnaque de musicien, mais le documentaire sur la question (NDLR: Face au mûr, produit par Bande à Part, est le film qui a consacré l’expression «le son du lac») aurait dû s’appeler «L’héritage de Fred Fortin». C’est lui qui a tapé la trail et son héritage est encore présent.

Une chose qui est sûre par contre c’est que ta musique est teintée par la quête des grands espaces de ton patelin d’origine.

Pour ça oui [rires]! Je suis quand même un gars de la campagne. Je suis venu étudier en musique à Montréal et à cause de mon travail, je reste ici, donc c’est peut être le manque d’espace justement qui fait que oui, je parle de ça et que j’emploie des images fortes de campagne dans mes affaires. C’est ce qui m’inspire, ça arrive et c’est comme ça.

Je saute du coq-à-l’âne: j’ai appris un peu sur le tard que tu as étudié en chant classique? Ça m’a étonné, comment un rockeur en vient à choisir ça?

[rires] J’ai commencé de la guitare classique vraiment jeune avec un prof privé pis toute. Quand je suis rentré au cégep en musique, les pièces que j’avais monté pour mon audition en guitare, pour rentrer dans le programme là, c’était les pièces de fin de DEC. Alors mon prof m’a dit: «ça te tente pas de prendre un autre instrument»? Tu sais, j’avais fait le tour de la guitare, alors je me suis dit, si j’ai quelque chose à améliorer, c’est mon chant. Alors j’ai switché. Puis j’ai vraiment trippé man. Chanter de l’opéra, c’est hot! Toute la résonance de la voix, la respiration et l’utilisation du corps… écoute ça me sert encore. Si j’ai une bonne voix en show, c’est grâce à ça.

Écoute Placard, je sais que t’es en répétition, mais dis-moi, as-tu une idée du moment où nous pourrons écouter tes nouvelles chansons?

Écoute, j’ai comme un plan… il faudrait sans doute que j’en parle à la maison de disque, mais regarde, je suis booké pour des concerts jusqu’en 2019. Je viserais à sortir genre un EP à l’automne cette année ou un album au printemps l’an prochain. Comme la tournée continue, je pense que ça vaut la peine de sortir de quoi d’autre pour continuer à faire parler de moi.

Puis les tounes qu’on a tapé, je les trouve trippantes. J’ai hâte de les jouer en show!

Merci Placard.

En spectacle

31 mars @ La Grange du Presbytère, Stoneham-et-Tewkesbury · Billets
12 avril @ Café culturel de la Chasse-galerie, Lavaltrie · Billets
18 mai @ La Petite Boîte Noire, Sherbrooke · Billets

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