Entrevues

Fanny Bloom – Une douce brise

L’auteure-compositrice-interprète Fanny Bloom a passé les dernières années de sa jeune carrière à reprendre davantage possession de son image en tant qu’artiste solo. Motivée par de mauvaises perceptions de sa personne et de son art, celle qui incarnait autrefois la voix de la formation électro La Patère Rose a voulu remettre les pendules à l’heure en prouvant l’étendue de son talent par le biais de nouvelles expériences, de concerts intimes dénués de fioritures et de chansons mettant de l’avant ses talents de pianiste.

Tout ce trajet la conduit aujourd’hui à la parution de son troisième album solo, Liqueur, un projet conçu sans plan de match initial dans une paisible maison de campagne des Laurentides qui renoue musicalement avec son esthétique électro-pop des premiers instants. Je suis allé à sa rencontre pour discuter de ce nouvel album et du cheminement artistique et personnel qui la mène à s’affirmer plus que jamais.

Tu en es à ton troisième album en tant qu’artiste solo. Comment une artiste avec ton bagage et ton expérience approche la conception d’un troisième album? Tu suis tes habitudes ou tu continues de vouloir te surprendre toi-même?

En fait, on a commencé à faire l’album sans savoir qu’on en faisait un. Je ne l’ai donc pas réfléchi avant de le commencer. L’hiver dernier, je me suis retrouvé avec Thomas et Julien (ses amis et anciens comparses de sa défunte formation La Patère Rose) et on trouvait que ça faisait longtemps qu’on n’avait pas travaillé ensemble. On s’est dit que ce serait plaisant d’essayer de faire quelque chose qui ne serait pas la Patère Rose, pas mes affaires et pas non plus un différent projet. L’idée était simplement de faire de la musique ensemble. On a fait quelques sessions où on se fixait comme but de faire une chanson par jour et on se foutait un peu du résultat, puisqu’on le faisait simplement pour l’exercice. Au bout de quelques sessions, on s’est mis à avoir beaucoup de bon matériel puis c’est là que je me suis dit que ce serait dommage de ne pas s’en servir. J’ai finalement demandé aux garçons si ça leur tentait qu’on s’embarque ensemble dans cette aventure-là, un nouvel album. Donc voilà, j’ai commencé cet album-là sans m’en rendre compte. Je l’ai fait avec la plus grande liberté du monde parce que je ne partais pas avec l’idée que quelqu’un allait l’écouter.

Sur ton album précédent, tu as préféré t’éloigner du style électro-pop. Deux ans plus tard, tu renoues avec un style plus éclectique et dansant. Avais-tu besoin de présenter un autre côté de ton art et de ta personne avant de trouver un certain équilibre?

Tout à fait! J’avais vraiment besoin de cette cassure-là parce que j’étais un peu tannée de me rendre compte que lorsqu’on m’abordait, on me décrivait comme la petite blonde à paillettes qui manquait de profondeur. Ça m’a vraiment écœuré. Je suis allée à la rencontre des gens et je ne savais pas à quel point c’était ce que je projetais avec mes cheveux platine et ma manière de me démener sur la scène. J’ai fait cet album et cette tournée pour montrer au public que j’étais capable de jouer d’un instrument et que j’étais capable d’écrire. J’ai voulu m’affirmer! J’arrive aujourd’hui avec un nouvel album, Liqueur, qui est pop également, mais sans nécessairement renouer complètement avec mon ancien style. Je pense avoir trouvé un juste milieu.

Tu as souvent collaboré avec des artistes hors de ton genre musical, notamment par le biais de collabos avec LoudLaryAjust, et plus récemment avec les beatmakers Shash’U et Tommy Kruise. Est-ce que le fait de toucher un peu à ces univers divergents a changé quelque chose dans la conception de ta musique?

C’est dur à dire. Chose certaine, à chaque fois que je fais une rencontre comme ça, j’en apprends beaucoup parce que ce n’est pas exactement mon monde. C’est cool d’aller à la rencontre de gens qui fonctionnent d’une autre façon, qui abordent la musique d’une autre façon, qui enregistrent d’une autre façon, etc. Tout ça est vraiment enrichissant. J’ai l’impression que ça permet de mieux se connaître soi-même, parce qu’on est confronté à notre propre personnalité dans ces groupes-là. Donc, je pense que ça m’a fait grandir énormément. Je ne suis pas sûre si ça a changé quelque chose au niveau du son, mais je crois qu’il y a une assurance qui est davantage présente dans ce que je fais.

Tu as choisi les singles Petit Bois et On s’aimera pour présenter le nouvel album. Qu’est-ce qui a motivé ces choix?

Mon dieu, bonne question! Je trouve que Petit Bois, le premier extrait, représente bien le reste de l’album, même s’il a beaucoup changé depuis la démo originale. Ça allait ailleurs et ça me plaisait beaucoup, jusqu’à temps qu’on se mette vraiment à la retravailler et qu’elle devienne plus pop. Il y a une essence plus dreamy dans ce morceau-là qui me plaît beaucoup. On la retrouve principalement dans les couplets: la voix est plus grave, plus douce. On se sent comme dans un sous-bois. J’aimais l’idée de présenter ça en premier, pour saisir un peu les gens. Pour le deuxième single, On s’aimera, je voulais présenter un peu plus le côté joyeux et dansant du projet.

Antoine Corriveau a fait de la révision sur les textes et a été un acolyte sur le projet. Comment t’a-t-il épaulé dans la conception de Liqueur?

J’avais envie que les textes soient bons et j’avais envie qu’un ami dont j’admire la plume repasse derrière moi. Je lui ai simplement envoyé les textes sans lui faire écouter la musique. Il les a lu et m’a fait part de ses impressions en annotant des suggestions pour changer certains trucs. Il me guidait du mieux qu’il pouvait selon ses goûts personnels. C’est intéressant lorsque quelqu’un a aussi une vue d’ensemble sur ta proposition et fait ressortir quelque chose auquel t’avais pas pensé, au niveau des sujets. On dirait que d’avoir ces discussions-là, je me suis sentie moins seule dans l’écriture. Il y a une chanson nommée Sous les Néons dont je n’étais vraiment pas certaine au départ, mais il a fait plein d’éloges et ça a fait que pendant l’enregistrement, j’avais la confiance qu’il fallait pour la livrer.

Qu’est-ce que tu penses que le public va retenir de Fanny Bloom avec ce nouvel album?

Je ne sais tellement pas. Je pense que je voulais quelque chose qui est comme un feel good album. Quelque chose que tu écoutes quand t’as envie d’être bien. Quelque chose qui incarne un peu les premiers rayons de soleil ou l’ouverture des terrasses au printemps. Quelque chose qui vient avec un sentiment de renouveau. Sinon, l’album, je l’ai aussi vraiment fait pour moi. Je suis bien où je suis rendue puis je suis capable de l’assumer. Ça m’a fait du bien.

Fanny Bloom en spectacle

16 mars @ La Petite Boîte Noire, Sherbrooke · Billets

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