Jean-Étienne Collin-Marcoux
Entrevues

Festival OFF – Donner une tribune aux créateurs d’ici

Souvent considéré comme le «petit frère turbulent» du Festival d’été de Québec, le Festival OFF revient du 4 au 8 juillet pour une 15e édition avec, au programme, une myriade de découvertes, de collaborations éclectiques et de spectacles exclusifs. À quelques jours de cet incontournable de la scène culturelle de la Vieille Capitale, on s’entretient avec le directeur de la programmation du festival, Jean-Étienne Collin Marcoux, afin de discuter de l’offre musicale de cette nouvelle édition, des défis qui attendent l’organisation, de l’impact du OFF et de la concurrence entre festivals.

Comme à l’habitude, votre programmation mise sur l’expérimentation, les nouveautés, l’interdisciplinarité, les collaborations… Quels sont les artistes, les primeurs et les spectacles à surveiller cette année?

Il y en a pas mal! Chaque artiste de notre programmation a été sélectionné pour des raisons spéciales, ce qui fait qu’ils sont tous à surveiller! Mais plus précisément, les spectacles d’ouverture du festival (Harfang avec quatuor à cordes et l’opéra rock Joe’s Garage) risquent d’être très intéressants et assurément remplis de surprises, c’est définitivement un highlight du festival. Par contre, ce qui me fait le plus tripper de la prog, ce sont les quelques artistes qui vont présenter de tout nouveaux projets pour la première fois sur scène… Je pense entre autres à Vincent Roy, Cloud Collision et Cédric Langlois.

Le OFF a un historique assez impressionnant d’aide au démarrage de plusieurs groupes, par exemple Anatole et Paupières qui ont donné leurs tout premiers spectacles dans le cadre du OFF il y a quelques années et qui roulent encore aujourd’hui. Parlant d’Anatole, sa soirée carte blanche sera forte en émotions! Vraiment à ne pas manquer. Finalement, quelques primeurs pour la ville de Québec, des découvertes assez intéressantes pour les mélomanes de la capitale: Negative Gemini, Teke Teke, Elbows et Anemone… tous des groupes qui n’ont jamais joué ici et qui commencent à faire jaser pas mal à l’extérieur. Le genre de truc que tu ne veux pas rater puisqu’ils ne reviendront pas avant un bout!

Vous allez présenter à nouveau un spectacle signature: une reprise entière de l’opéra rock de Frank Zappa, Joe’s Garage, par 11 musiciens de la scène locale de Québec. Comment est venue l’idée de reprendre l’œuvre mythique et controversée de ce géant du rock?

Reprendre cette œuvre est un fantasme personnel depuis que je suis adolescent. En travaillant avec Sophie Bernier (l’ancienne directrice de la programmation du festival) sur la présentation de Music for 18 musicians de Steve Reich il y a deux ans, je lui avais fait part de cette idée pour une éventuelle édition du OFF et elle avait démontré beaucoup d’enthousiasme. En prenant le relais de son poste, je me suis dit que ce serait une bonne occasion pour le faire! En plus d’être une œuvre vraiment unique et un show assez impressionnant (c’est quand même la première fois que cet album va être joué dans son intégralité sur scène), ça touche un public un peu différent de celui que le OFF va habituellement chercher. En plus, les trippeux de Zappa risquent fortement d’être ouverts et sensibles à la proposition du festival… on espère les revoir pendant la fin de semaine!

Joe's Garage

Le Festival d’été de Québec semble accorder de plus en plus de visibilité aux artistes de Québec, au talent local. Est-ce que ça complique votre travail? Est-ce que ça change la façon dont vous bâtissez votre programmation?

Définitivement. Il y avait un certain équilibre anciennement… les groupes locaux jouaient d’abord au OFF et un ou deux ans plus tard passaient au FEQ. Maintenant, même des groupes super jeunes dans leur développement ont l’opportunité de jouer sur les scènes du FEQ sans nécessairement avoir d’expérience de scène (ce qui est très cool pour eux). Ça a à la fois de bons et de mauvais côtés… De notre bord, ça nous force à faire plus de défrichage et de recherche pour trouver de nouveaux projets en ville et ça oriente davantage notre programmation vers les spectacles signatures, les primeurs et le démarrage de nouveaux artistes… ce qui est ultra positif! De l’autre côté, par contre, certains jeunes artistes se trouvent à jouer sur des scènes et à des moments qui ne les mettent pas autant en valeur que s’ils avaient joué au OFF (sans parler du fait que le FEQ ne met pas vraiment l’accent sur eux dans leur promotion), ce qui les pénalise un peu à mon avis.

Les spectacles du OFF ont lieu un peu partout dans les quartiers Saint-Roch et Saint-Jean Baptiste. Est-ce qu’il y a un désir de la part de l’organisation d’étendre les endroits de diffusion vers d’autres secteurs?

Bien sûr! L’objectif est de rejoindre un maximum de personnes, surtout pour le volet des spectacles extérieurs gratuits. Je ne sais pas si dans le futur on aura une scène dans Saint-Sauveur ou dans Montcalm, mais ce serait pas mal du tout!

Depuis deux ans, tu étais adjoint à la programmation afin d’assurer la transition avec Sophie Bernier, qui quittera ses fonctions de directrice de la programmation après le festival. Quelles sont tes ambitions et tes plans pour le OFF en vue des prochaines années, alors que tu en seras le directeur?

Continuer de promouvoir la marginalité, la diversité et l’audace des créateurs d’ici et d’ailleurs et appuyer le développement de nouveaux projets en ville. J’espère aider le festival à grossir, à s’améliorer et à rejoindre un plus grand bassin d’individus tout en continuant à faire rayonner les valeurs et les acteurs de la scène locale de Québec. Ce festival est pour moi un élément essentiel au développement culturel de la ville et j’ai bien l’intention d’y contribuer de la meilleure façon possible.

Le Festival OFF en est déjà à sa 15e édition cette année. Quels sont les éléments qui font en sorte que ce festival s’est taillé une place de choix parmi les festivals de Québec?

Son spirit, ses acteurs, ses artistes, sa programmation et son rôle de catalyseur dans l’écosystème culturel de Québec.

Les OFF festivals sont devenus monnaie courante au Québec. Outre le Festival OFF, on peut penser au Festivent OFF à Lévis, aux Rendez-vous d’histoire de la Nouvelle-France ou même au Zoofest en humour. Selon toi, qu’est-ce qui explique cette tangente? Est-ce que c’est un phénomène qui pourrait prendre de l’ampleur avec les années?

J’espère que ça va prendre de l’ampleur! Notre façon de consommer de la culture et des événements a beaucoup changé dans les dernières années, notamment à cause du streaming et du développement des technologies de communication. Mine de rien, ça fait en sorte que le grand public prend de plus en plus conscience de la possibilité de choisir ce qu’il consomme plutôt que de le subir… Surtout chez les 35 ans et moins, qui eux ont pris cette habitude. Les programmations des gros festivals étant généralement plus dans le mainstream, le facile à consommer et la nostalgie, ça fait de moins en moins l’unanimité… D’où l’accroissement de l’intérêt vers les initiatives alternatives comme les OFF. J’ajouterais à ça le phénomène de l’insensibilité grandissante du public en raison de la surcharge d’information et de stimuli du quotidien qui amène les gens à rechercher des sensations plus fortes et des propositions plus audacieuses.


Festival OFF de Québec

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