Get The Shot
Entrevues

Get The Shot – Leçon d’humilité

Chaque mois, Lepointdevente.com met en valeur un artiste de la province qui se démarque autant par son originalité que par son talent. Pour ce mois d’octobre, on a décidé d’y aller avec un artiste qui fait trasher les salles du Québec depuis 8 ans et qui s’est démarqué récemment avec le remarquable accueil critique réservé à son plus récent album Infinite Punishment: Get The Shot.

Formé dans l’arrondissement québécois de Charlesbourg par cinq trippeux de punk et de métal en 2009, Get The Shot a depuis atteint des sommets rarement égalés dans le milieu hardcore québécois. Le quintet connaît aujourd’hui une renommée internationale, alors que leur réputation dans la province n’est plus à faire. Mais tout ne s’est pas fait comme par magie. C’est sous une organisation DIY que le groupe a dû surmonter plusieurs embûches et certains préjugés parfois liés aux musiques plus trash pour éventuellement réussir à sortir 3 albums entièrement auto-produits.

Le dernier de la série, paru en août dernier, aura été leur plus concluant à date. Bénificiant avant même se sortie officielle d’une écoute exclusive sur la référence Metal Injection, Infinite Punishment aura depuis su mériter au groupe une autre tournée européenne à venir dans le prochaines semaines ainsi qu’une sorte de statut auquel il aspire depuis un bon moment: celui d’incontournable du hardcore! Et le mieux dans tout cela, c’est que les gars ne s’enflent aucunement la tête avec leur succès, comme vous pourrez le constater dans l’entrevue ci-dessous que nous avons menée avec Jean-Philippe Lagacé, chanteur de Get The Shot.

Après vous être affirmés comme un groupe DIY depuis votre formation en 2009, vous avez signé en août dernier chez New Damage Records, étiquette sœur de Dine Alone. Comment se passe la transition de l’auto-production à un stade où vous êtes entourés d’une équipe pour vous prêter main-forte?

La signature avec New Damage Records s’est vraiment révélée comme l’aboutissement logique et naturel de huit années de travail acharné, de tournées incessantes et de sacrifices personnels. Nous avons toujours eu la chance d’être entouré d’artistes exceptionnels à tous les niveaux. Or, avoir la possibilité cette fois de travailler de concert avec l’étiquette de musique extrême la plus influente, la plus dynamique et la plus créative au Canada est à nos yeux un privilège exceptionnel. Ce nouveau partenariat a d’ailleurs déjà grandement contribué à diffuser notre nouvel album à une plus vaste échelle qu’auparavant. Toutefois, bien que disposant davantage de ressources, nous n’avons jamais délaissé la logique D.I.Y. De la production de la musique à la planification des spectacles, Get The Shot reste pleinement maître de toutes les facettes de son développement et demeure un groupe hardcore avec la dynamique contre-culturelle qui lui est propre.

Votre dernier album traite en autres choses des dangers de la xénophobie. Avec le recul, on sait que la réception a été excellente, mais est-ce que vous n’aviez pas un petit stress en sélectionnant ce sujet, alors que divers débats sur le sujet font rage dans la province depuis quelques mois?

Au contraire, je pense que l’urgence de la situation actuelle oblige la culture hardcore à dénoncer d’autant plus vigoureusement les conditions sociales qui rendent la montée des discours haineux et la peur de l’Autre possibles. Je n’ai jamais craint de critiquer et de pointer du doigt ce qui m’apparaissait injustifiable. Depuis les débuts du groupe, nous avons toujours ouvertement tenu un discours anti-raciste, anti-sexiste et anti-homophobie. Et le fait de réitérer ce propos – à une époque où l’ignorance et où la crainte irrationnelle de la différence font force de loi sous la pression grandissante des mouvements d’extrême droite – me semble être une nécessité. À mon avis, la musique hardcore perd tout son sens dès l’instant où elle cesse d’être subversive, où elle s’épargne de remettre en question l’ordre établi en se faisant simple marchandise et où elle se plie à la logique du consensus afin d’éviter le débat d’idées. Même sans être explicitement politique, cette contre-culture tire sa substance d’un refus, d’une volonté d’insurrection contre un état de fait qui génère des inégalités, nie la différence et qui mine la possibilité pour les individus de vivre une existence pleinement émancipée. Elle a donc, toujours à mon sens, le rôle mais aussi le devoir de mettre en lumière et de critiquer l’oppression sous toutes ses formes.

Sur la chanson «Blackened Sun» de votre album Infinite Punishment, on retrouve une collaboration avec Jesse Barnett, du groupe Stick To Your Guns. Comment s’est déroulé l’enregistrement? Et seriez-vous intéressés à refaire d’autres collaborations comme celle-là sur votre prochains album?

Jesse était d’ores et déjà dans l’entourage de Get The Shot avant même l’enregistrement de «Blackened Sun». S’occupant du management du groupe depuis maintenant un certain temps, il travaillait déjà avec nous et était devenu par le fait même un très bon ami. L’idée de collaborer ensemble sur une chanson pour le nouvel album allait donc de soi et l’enregistrement s’est admirablement bien déroulé. Lorsque l’on fait affaire avec un chanteur aussi talentueux et expérimenté que Jessy Barnett, le résultat ne peut qu’être à la hauteur de nos attentes. Nous avons toujours apprécié les collaborations et nous avons généralement l’habitude de travailler avec des personnes qui, non seulement sont des artistes exceptionnels, mais surtout des individus formidables. Nous avons d’ailleurs aussi eu la chance d’avoir notre camarade Alex Erian de Obey The Brave et Despised Icon sur une des chansons du nouvel album. On espère assurément renouveler l’expérience lors de l’enregistrement d’un éventuel opus.

Vous tournez maintenant de façon presque régulière aux États-Unis et en Europe. Où est-ce que vos shows rencontrent le meilleur accueil?

Plusieurs endroits dans le monde nous réservent de bons concerts. La France est assurément notre deuxième si ce n’est pas notre première maison. L’ambiance y est toujours survoltée et les spectacles toujours mémorables. Même chose en Allemagne et en République Tchèque. Comme on a beaucoup tourné dans ces pays, il y a davantage de gens qui nous suivent là-bas. Mais évidemment, on ne pourrait passer sous silence notre Québec. Que ce soit dans les grands centres ou en région, de Rouyn-Noranda à Rimouski en passant par Mirabel, Québec, Montréal, Trois-Rivières, Jonquière, il est important de se le dire: notre province a l’une des scènes hardcore/metal les plus vivantes et les plus folles dans le monde. Soyons-en fiers!

En octobre, vous passerez également par Drummondville, Montréal, Thetford Mines et Gatineau avant de partir dans les vieux pays. À quoi peuvent s’attendre les gens qui seront présents lors de ces dernières dates en sol québécois avant votre départ pour l’Europe?

Plusieurs chansons tirées de notre nouvel album Infinite Punishment seront présentées. Sinon, il faut s’attendre à un spectacle de Get The Shot dans les règles de l’art, c’est-à-dire avec une quantité ridiculement élevée d’action, de désordre, de chaos et de stage dives.

Sinon, quand on parle de hardcore et de métal québécois, on pense souvent justement à la scène de Québec qui produit d’excellent bands depuis déjà plusieurs années. Selon toi, qu’est-ce qui crée cet engouement pour le métal dans la capitale?

La culture underground, quoiqu’on en dise, a toujours été bel et bien vivante dans la Vieille Capitale. La qualité des groupes qui émergent de la ville depuis quelques années, tout genre de musique extrême confondu, est impressionnante et a assurément contribué au rayonnement de la scène de Québec. Probablement qu’un certain esprit de révolte propre à l’ère du temps ramène aussi les gens vers le metal qu’ils voient comme un échappatoire à l’ordre désolant des choses qui prime dans la société actuelle. Mais je crois surtout que ce nouveau souffle pour la musique metal et même hardcore dans la Capitale nationale n’est pas étranger à l’apparition de nouvelles salles de spectacles, comme L’Anti Bar & Spectacles par exemple, qui jouent un véritable rôle de catalyseur pour les cultures alternatives de tout acabit et contribuent grandement à leur diffusion à l’échelle locale.

Tu es également professeur au cégep, est-ce que tu as des étudiants qui écoutent ta musique? Quelle est la réaction de tes collègues de travail face à ton band?

Au fil des années, j’ai eu la chance de voir de plus en plus de visages d’anciens étudiants dans les spectacles de Get The Shot. Qu’on le veuille ou non, les professeurs de philo qui s’égosillent dans un micro entre deux stage dive aux quatre coins du monde, ça ne fait pas légion et ça marque l’imaginaire. Je trouve ça super parce qu’en plus de briser les idées préconçues que l’on peut se faire à propos des professeurs de philosophie, mon implication dans un groupe de musique me permet de tisser des liens de proximité beaucoup facilement avec les étudiants. Cela les amène aussi à se confronter à une scène artistique dont ils ignoraient pour la plupart l’existence et parfois même à y trouver un lieu où ils peuvent pleinement exprimer leur marginalité. J’ai la chance de faire partie d’un cégep exceptionnel à Lévis-Lauzon et surtout d’un des meilleurs départements de philosophie de la région de Québec. Mes collègues enseignants sont non seulement des gens qui supportent la culture alternative sous toutes ses formes mais certains d’entre eux sont eux-mêmes des artistes accomplis. Je me sens donc privilégié d’être entouré de gens aussi brillants et créatifs. Ce sont eux qui m’inspirent quotidiennement et qui me donnent encore l’envie de me dépasser autant intellectuellement qu’artistiquement.

EN SPECTACLE

6 octobre @ La Sainte Paix, Drummondville
13 octobre @ Club Soda, Montréal
21 octobre @ Bar Le Cactus, Thetford Mines
28 octobre @ Le Lab, Gatineau

Crédit photo: Jérémie Leblond-Fontaine
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