GrimSkunk
Entrevues

GrimSkunk – Regarder droit devant

Rares sont les groupes qui réussissent à devenir des formations légendaires. C’est pourtant le cas de GrimSkunk, groupe phare de la scène punk québécoise qui laisse une marque indélébile dans l’écosystème underground local et international depuis maintenant trois décennies.

Par le biais d’une signature punk évolutive aux influences variées, des propos engagés cinglants et une image de marque faisant l’apologie de la marijuana, le band montréalais a su traverser les époques et rassembler des légions d’irréductibles fans qui continuent d’honorer le mythe dans chacune de ses phases.

Tout ce parcours le mène aujourd’hui à Unreason in the Age of Madness, un neuvième album mené par un élan de spontanéité créatrice et cet infatigable désir de dénoncer les injustices et les absurdités du monde dans lequel on vit. On est allés à la rencontre de Franz Schuller, membre fondateur, guitariste et chanteur, pour en savoir davantage sur le parcours, l’inspiration et la vision du groupe sur certains enjeux actuels.

Unreason in the Age of Madness

Le groupe célèbre son 30e anniversaire cette année. Est-ce pour vous une occasion de célébrer le passé et de regarder le chemin parcouru ou vous trouvez ce genre d’exercice un peu contre-productif?

Je pense qu’on préfère vivre dans le présent. On a fait un nouvel album qui part de nos impressions en lien avec ce qui se passe aujourd’hui. Quand tu crées, tu es dans un flot continuel de créativité, tandis que lorsque t’es fan, tu reçois la musique en sections ponctuelles. Tu découvres les tounes à un moment précis de ta vie. Dans cette perspective, la nostalgie est beaucoup plus logique pour un fan que pour la personne qui fait la musique. Ce n’est pas vraiment dans nos habitudes de revisiter intégralement nos vieux albums en concert, mais ça pourrait être intéressant si ça peut faire plaisir à nos fans. Lorsqu’on fait de la musique, c’est toujours pour la partager avec eux.

GrimSkunk a toujours exploré toutes sortes de styles musicaux au fil des années. Comment avez-vous approché la création de ce nouvel album? Comment décririez-vous le son du band en 2018? C’est un retour aux sources ou il y a une volonté d’aller ailleurs?

Quand on était ados, la formule était: on fume des joints, on se sent créatifs, on prend des instruments, on jam, on écoute ce qu’on a créé et puis, à partir de là, on essaye d’aller là où on n’est jamais allés par le passé. C’était ça la genèse du groupe. L’idée n’a jamais vraiment changé. Pour le nouvel album, on cherchait à garder l’instinct original punk du band tout en explorant de nouvelles choses. On s’est laissé aller, on a trouvé de nouveaux sons et de nouvelles vibes dans l’optique de ne pas faire de surplace. Le son du band n’est pas automatiquement opposé à ce qu’on faisait par le passé, c’est juste qu’on a exploré l’idée d’aller au-delà de notre zone de confort.

Vous avez toujours été très politisés et vous prenez la parole à propos d’enjeux sociaux. Qu’est-ce que GrimSkunk, un groupe qui a fait son image avec le cannabis, pense de la légalisation de la marijuana?

Je ne suis pas d’accord avec toutes les politiques de Justin Trudeau, mais je trouve que pour cet enjeu-là, il a raison. Il tient son bout. Pour le reste, c’est de voir comment on va gérer ce dossier-là. Il y a beaucoup de prévention et d’encadrement à faire, mais on est contents de voir qu’on n’aura plus à s’inquiéter de quelle cochonnerie non contrôlée peut se trouver dans le pot, on n’aura plus besoin d’aller dans des endroits bizarres pour s’en procurer, etc. L’État va également pouvoir récolter les fonds et les réinvestir en éducation, en santé, etc. C’était simplement absurde que les gens se fassent arrêter pour possession de marijuana.

GrimSkunk s’est toujours indigné face aux injustices, aux mensonges politiques, à l’hypocrisie populaire, etc. Comment percevez-vous cette ère de fake news?

Mon Dieu. On trouve ça vraiment triste tout ce qui se passe en ce moment. C’est comme si la recherche de vérité avait été mise de côté. Les gens cherchent à valider leur façon de penser plutôt que de tendre vers un discours constructif entre les différents partis. C’est sûr que des extrémistes et des gens profondément coincés dans leurs idées, il y en a toujours eu, mais en ce moment, je trouve ça vraiment troublant toute cette montée des radicaux décomplexés. J’ai pas l’impression que Donald Trump est la cause de tout ça, mais plutôt le symptôme de l’idiocratie qui est vraiment dans l’air du temps depuis un certain moment. Dans GrimSkunk, on a toujours eu une volonté de tendre vers deux choses: d’abord, développer la pensée critique, mais aussi pointer des choses qui sont insensées et injustes à nos yeux. Les deux vont de pair. Donc, dans cette perspective, on trouve ça important de poursuivre notre mission.

L’album a été réalisé en Colombie-Britannique par Garth Richardson, légendaire réalisateur derrière le premier album de Rage Against The Machine. Comment vous êtes-vous retrouvés en studio avec lui et comment a-t-il apporté sa touche au son de GrimSkunk?

On l’avait approché pour l’album précédent, Set Fire!, qui est paru en 2012. Il avait vraiment aimé ce qu’on faisait, il trouvait que c’était comme un pont entre Deep Purple et Nirvana, mais ça n’avait pas fonctionné parce qu’il avait d’autres engagements. Cette fois-ci, on était très contents de finalement pouvoir travailler ensemble. On est allés le rejoindre en Colombie-Britannique, dans un coin assez reculé de la nature. Pour ce qui est de la réalisation de l’album, il a vraiment eu du flair pour les chansons. Il était très franc sur ce qu’il aimait ou pas, sur nos manières de jouer de certains instruments ou certaines parties des morceaux, etc. C’est lui qui a proposé qu’on prenne deux parties de chansons différentes pour les mixer ensemble. Ça a donné Sick Bastards. Jusqu’à maintenant, c’est la chanson qui a engendré le plus de feedback parmi celles du nouvel album! C’était vraiment quelque chose de collaborer avec lui.

Parmi les collaborateurs de l’album, on retrouve notamment le batteur original Alain Vadeboncoeur. Il avait quitté la formation depuis plusieurs années. Comment c’était de se retrouver en studio avec un membre fondateur? Il y a eu des moments d’étincelles des débuts?

Ah oui, vraiment! Il faut connaître Alain pour le comprendre. C’est que son père était très imprégné dans le monde du jazz, il a donc appris la musique comme un drummer de jazz. Il ne joue pas de manière conventionnelle, c’est comme s’il faisait parler ou chanter sa batterie. Il a donc amené cette touche aux nouvelles chansons de GrimSkunk. C’est aussi quelqu’un de très drôle et éclaté, alors il a apporté cette énergie débordante et positive au groupe pendant la phase de création. Ça a été franchement bénéfique lorsqu’on se mettait à se balancer des idées en tant que groupe. Il a écrit pas mal de trucs, on pense peut-être éventuellement sortir un projet uniquement avec les trucs qu’il a créés.

Vous repartez en tournée pour l’été un peu partout au Québec. À quoi peuvent s’attendre vos fans? Ce sera le même bon vieux band ou vous comptez arriver avec quelques surprises?

On va se concentrer sur les petits spectacles en salle pour les prochaines semaines, puis il y a quelques dates de festivals qui s’en viennent pour l’été. On va même aller se promener un peu en Australie et en Europe vers la fin de l’année. On va chercher un équilibre entre les nouvelles chansons, pour faire plaisir aux fans qui veulent les entendre en live, et faire plaisir aux vieux fans qui veulent entendre les anciennes chansons de notre répertoire, parce qu’on sait que ce sont des souvenirs importants pour eux. On va donc chercher à atteindre un juste milieu pour les shows à venir!

EN SPECTACLE

18 mai @ Bar Le Magog, Sherbrooke · Complet
19 mai @ La Sainte Paix, Drummondville · Billets
20 mai @ Pouzza Fest · Billets
25 mai @ Café Culturel de la Chasse-Galerie, Lavaltrie · Complet
11 août @ Rock La Cauze, Victoriaville · Billets
8 septembre @ Salle Le 4 Barils, Jonquière · Billets
1er décembre @ Club Soda, Montréal · Billets

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