Keith Kouna
Entrevues

Keith Kouna – Défoulement introspectif

Depuis ses débuts au sein de la mythique formation punk Les Goules, l’auteur-compositeur-interprète Keith Kouna puise son inspiration dans ses pulsions et l’indignation sociale. C’est notamment grâce à cette marque artistique et une signature musicale détonante que le musicien s’est ensuite taillé une carrière solo, exploitant une habile recette à mi-chemin entre ses racines punks et la chanson traditionnelle. Ces expérimentations en solitaire l’auront mené jusqu’à la création du Voyage d’hiver, un album parsemé de sombres ballades existentialistes paru en 2014.

Les dernières années auront joué un rôle notoire dans la poursuite de son art. La résurrection de sa formation Les Goules en 2016 l’a amené à délaisser les ballades et l’actualité incendiaire a ravivé sa flamme dénonciatrice. C’est dans cet état d’esprit que Keith Kouna a créé Bonsoir shérif, un quatrième album solo corrosif et accusateur paru l’automne dernier. On a attrapé Keith Kouna alors qu’il s’apprêtait à parcourir le Québec une fois de plus. Nous en avons profité pour prendre de ses nouvelles, parler de la création et de la réception de son plus récent album et se renseigner davantage sur ses projets du moment.

Tu t’es récemment promené à l’international pour donner des spectacles. Tu es notamment passé en Lituanie. Comment ça s’est passé? Tu as une nouvelle légion de fans? T’as réussi à implanter l’indignation populaire?

C’est quand même drôle comme truc. Je suis allé en Chine l’an dernier pour Mars en Folie, un évènement culturel qui s’inscrit dans la dynamique de la Fête de la Francophonie. J’y ai rencontré des gens du ministère des Affaires étrangères de la Lituanie avec qui ça avait bien cliqué. C’est eux qui m’ont invité cette année. Je suis allé faire trois spectacles là-bas sur une période d’une semaine. Je ne pense pas faire du développement à long terme, mais c’était quand même ben intéressant. Je pogne toutes les occasions de me promener avec ma musique.

T’étais sérieusement en colère contre les vendus, les vendeurs et les inégalités lors de l’écriture de ton dernier album. Tu trouvais que c’était dans l’air du temps et tu ne comprenais pas que le monde ne soit pas plus en criss que ça. Depuis que tes morceaux sont sortis, sens-tu que ton message a fait son chemin auprès de ta fanbase?

C’est difficile à évaluer. Je pense que ma fanbase vient d’abord à mes shows pour se défouler, chanter et crier. En même temps, les gens écoutent l’album, le message fait son chemin et ils en font ce qu’ils veulent. Si ça les rejoint, tant mieux, si ça ne les rejoint pas, tant pis. En tant qu’artiste, t’explores un peu ta mine de création pis des fois tu trouves de nouveaux trucs. C’est ce qui est sorti à ce moment-là. Je ne suis pas en mode preacher du tout, mais à travers tout ça, il y a effectivement des gens qui m’ont écrit quand l’album est sorti pour me dire que ça leur faisait du bien.

T’es retourné à une formule plus punk et dénonciatrice sur ton plus récent album Bonsoir shérif. T’as affirmé dans les médias que t’avais hâte de présenter les nouvelles chansons au public. Comment se traduit l’énergie brute de ces nouveaux morceaux sur scène?

C’est vraiment agréable. Comme je m’y attendais, l’album a une belle vie en live. Ça fonctionne. Les gens connaissent déjà pas mal les nouvelles tounes et elles se mélangent bien dans mon répertoire. Les chansons Shérif, Vaches et Madame font vraiment lever la foule. Il y a également Marie qui ressort du lot. Ça brasse pas mal! Bonsoir shérif n’est pas si radicalement différent de mes trucs précédents, mis à part peut-être Le voyage d’hiver, mais je pense que cet album a fait en sorte qu’on joue aussi les vieilles tounes un petit peu plus fort. C’est donc plus brut au niveau du show, même pour les morceaux des Années monsieur et de Du plaisir et des bombes. On est moins dans la dentelle. L’interprétation de toutes mes chansons a pris du torque!

Lors de l’écriture de Bonsoir shérif, tu étais émotionnellement dérangé par tout ce qui se passait dans le monde et les réactions sur les médias sociaux. Plusieurs mois et un album plus tard, comment te sens-tu? Ça t’a calmé de passer à travers ce processus ou t’es plus insurgé que jamais?

J’étais très absorbé dans l’actualité. J’allais voir les sites de groupes de droite, j’avais le goût d’être en criss. C’était peut-être une démarche nécessaire. Je perdais beaucoup de temps, mais ça a donné de quoi au final. J’ai recraché ce que j’avais à recracher. Je n’avais pas l’intention de me crinquer, c’est juste arrivé comme ça. Il y a eu beaucoup d’évènements: le Bataclan, la Syrie, la mosquée de Québec, Charlie Hebdo, la campagne américaine, Marine Le Pen au deuxième tour de la présidentielle en France, le virage populiste d’extrême droite en Europe centrale, etc. À ce moment-là, je tombais dans l’écriture de Bonsoir shérif. Déjà dans Coma [le dernier album des Goules], il y avait un petit peu plus de mordant et une prise de position un peu plus claire. Pour ce qui est de mon album solo, il y avait une envie de dénoncer et de prendre position avec la révolte et la colère qui m’habitaient. Il y a peut-être une accalmie pour moi en ce moment, mais je reste toujours à l’affût de ce qui se passe un peu partout. Je ne suis pas guéri.

Tu fonctionnes par élan de création et tu affirmais à l’automne être déjà en train de jeter les bases du prochain album. Tu vois où tu t’en vas pour la suite des choses? T’as déjà quelque chose entre les mains?

En ce moment, je travaille effectivement sur un autre truc. Je suis assez avancé dans le processus de création. C’est différent. C’est pas un album solo de Keith Kouna, c’est un autre trip. C’est un projet sur lequel je travaille à temps partiel entre les shows et les albums depuis à peu près deux ans. J’espère le sortir cette année. Quand j’ai commencé à faire Le voyage d’hiver, j’ai commencé à en parler en 2009 pis finalement l’album est sorti en 2014, donc depuis ce temps-là, je me dis que tant que l’album n’est pas complètement avancé, on sait jamais ce qui peut arriver. J’sais un peu où j’m’en vais avec tout ça, c’est surtout au niveau des modes d’enregistrement que ça reste à voir. Je vais probablement commencer à jouer une petite toune ou deux en surprise en show. Quand ça va être prêt, ça va sortir…

Tu t’apprêtes à repartir en tournée au Québec pour les prochaines semaines. À quoi est-ce que tes fans peuvent s’attendre?

Je pense que ça va être des shows qui déménagent pis on va se donner à fond! On a vraiment hâte de reprendre la route. Ça va être ben le fun. On va retourner en France cet été, mais pour le reste de l’année, ça va se passer ici. Je vais également travailler en studio on the side.

EN SPECTACLE

19 avril @ Café Culturel de la Chasse-Galerie, Lavaltrie · Billets
20 avril @ Trou du Diable, Shawinigan · Billets
4 mai @ Pub Pit Caribou, Percé · Billets

Crédit photo: Jay Kearney

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