LNI
Entrevues

LNI – Un joyau culturel en pleine évolution

Le jeu n’est pas prêt de se terminer pour le Théâtre de la LNI! Du 19 février au 3 juin, le Théâtre de la LNI est de retour au Club Soda de Montréal afin de présenter les matchs d’impro de sa saison 2018. Pour l’occasion, François-Étienne Paré, à la fois joueur et directeur artistique au sein de la LNI, a gentiment accepté de discuter improvisation avec nous.

François-Étienne, dans quel contexte avez-vous découvert le théâtre improvisé et qu’est-ce qui vous en a donné la piqûre?

J’ai découvert le théâtre improvisé en 1983 dans les premières diffusions du match d’impro à la télévision, c’était à Radio-Québec et ça s’appelait «La Soirée de l’impro». La LNI avait été créée en 1977 et c’était la première fois que l’improvisation se retrouvait à la télévision. J’ai eu un coup de foudre extraordinaire. J’ai tout de suite eu envie d’essayer et j’ai commencé, dans les semaines qui ont suivi, à l’école avec des copains sur l’heure du midi. Rapidement, nous avons formé une équipe-école et, l’année suivante, nous jouions déjà contre d’autres écoles. C’est donc les matchs d’impro de la LNI qui m’ont inspiré et qui m’ont donné la piqûre de façon assez intense.

Il y a quelques années, l’Assemblée nationale du Québec a reconnu à l’unanimité l’improvisation théâtrale comme un courant emblématique de la culture québécoise, une forme d’expression unique et une discipline à part entière. Le match d’impro étant aujourd’hui joué dans plus de 30 pays et en 8 langues, souhaiteriez-vous éventuellement obtenir le même genre de reconnaissance à l’international?

C’est sûr que nous aimerions ça, il faudrait peut-être se tourner vers une reconnaissance du type patrimoine immatériel. Ça fait partie des demandes que nous souhaitons faire au Québec, au Canada et ultimement auprès de l’UNESCO. L’idée serait de faire reconnaître l’improvisation afin d’être davantage supporté, puisque la discipline est plutôt mal soutenue financièrement par les Conseils des arts. Depuis des années, nous essayons de faire valoir que l’improvisation est partout au Québec et qu’elle est un courant emblématique et artistique de la culture québécoise. Donc, nous faisons un travail de reconnaissance au Québec, nous essayons que le milieu soit mieux soutenu financièrement et nous aimerions que l’international soit l’étape suivante. Pour l’instant, dans les pays pratiquant le match d’impro, il est systématiquement mentionné qu’il s’agit d’une invention québécoise lorsque les règles et le parallèle avec le hockey sont expliqués.

Depuis leur création, les matchs d’impro du Théâtre de la LNI ont élu domicile dans plusieurs lieux montréalais: la Maison Beaujeu, l’Atelier continu, le Spectrum, la 5e salle et le Medley. Aujourd’hui installés au Club Soda, quelles seraient, d’après vous, les forces de cette salle en ce qui a trait à la présentation du jeu?

Je trouve qu’il y a une belle atmosphère dans cette salle. Elle a été conçue pour des shows rock et ça paraît dans l’ambiance lorsque nous jouons. De plus, je trouve que sa capacité est idéale pour le match d’improvisation, nous pouvons accueillir 530 personnes dans notre configuration. Si nous avions 1000-2000 places, ce serait trop gros pour ce type de spectacle. Et si c’était plus petit, ce serait dommage puisque nous serions capables d’attirer plus de personnes. Aussi, les équipements nous permettent d’avoir, en peu de temps de montage, quelque chose qui est beau à regarder avec les éclairages, l’habillage de la salle, etc. C’est une salle qui convient bien au type de production. C’est simple; nous arrivons le jour même du match, nous montons le matériel et nous jouons le soir. Enfin, j’aime bien les 2 balcons qui font en sorte que nous jouons un peu dans une fosse en bas sur la scène. J’aime qu’il y ait du monde sur plus d’un étage, cela nous permet de nous sentir proches des gens même si la salle est longue.

En octobre dernier, le Théâtre de la LNI célébrait son 40e anniversaire. Vous dites que la quarantaine ne sera pas synonyme de crise pour l’organisme, mais plutôt un témoin de son épanouissement et de sa maturité. Pouvez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet?

Nous présentons entre autres un nouveau spectacle qui s’appelle «La LNI s’attaque aux classiques» et qui est né d’une réflexion sur l’évolution de notre pratique. Nous cherchions à nous améliorer et à aller au-delà du match d’impro. Nous avons eu l’idée de créer un nouveau spectacle rappelant la catégorie «À la manière de» du jeu. Et il y a de très beaux résultats; les spectateurs sont au rendez-vous, nos joueurs apprennent énormément et notre perception du match d’improvisation est transformée. L’organisme a cherché à aller plus loin et, pour moi, c’est un signe de maturité. Et je suis déjà en train de réfléchir au prochain spectacle que l’on pourrait créer. Encore une fois, c’est dans un souci d’évolution et de réflexion sur la pratique pour essayer d’amener l’improvisation théâtrale plus loin.

Et selon vous, quels seront les défis de l’organisme aux cours des prochaines années?

Premièrement, il faut stabiliser l’organisme sur le plan du soutien financier. Nous ne sommes pas sur le bord du trépas, mais nous aurions besoin d’aide rapidement. Nous avons le même soutien depuis plusieurs années et le coût de production augmente, donc nous sommes sur le point de frapper un mur. Ensuite, il faut conserver notre pertinence dans le milieu des arts, ce qui est en lien avec le premier défi. Si nous perdons de notre pertinence, c’est certain que nous ne serons pas soutenus. Il faut garder l’organisme en vie, non seulement dans le rapport avec le public, mais aussi dans le rapport à la réflexion artistique. Il faut continuellement se poser des questions et être en recherche et développement.

Un mot de la fin pour convier les gens à cette nouvelle saison qui se mettra en branle au Club Soda le 19 février?

Pour les gens qui n’ont pas vu le travail de la LNI depuis longtemps, ça vaut la peine de venir faire un tour pour voir à quel point le spectacle évolue, à quel point les improvisateurs d’aujourd’hui travaillent bien. Mais surtout, il n’y a pas beaucoup de spectacles qui permettent une rencontre si forte, une communion si grande, entre les spectateurs et les acteurs. Nous avons le droit de nous prononcer, de dire ce que nous avons préféré, de dire avec des claques que ce n’était pas bon… il n’y a pas beaucoup de spectacles qui nous permettent de faire ça! (rires) Et je peux dire que, faisant de l’improvisation depuis plus de 30 ans, il faut être là, puisqu’il est plutôt difficile d’expliquer un moment d’improvisation et de dire à quel point il était bon. Il faut être dans la salle, puisque si vous n’étiez pas là, vous l’avez manqué!

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