Louis T
Entrevues

Louis T – Être un acteur positif

Son humour rationnel et ancré dans l’actualité fait rire et réfléchir ou — pour d’autres — fait rager sur les médias sociaux: bienvenue dans l’univers de l’humoriste Louis T. Devenu l’une des références de l’humour politisé et engagé au Québec au cours des dernières années grâce aux capsules Vérités & Conséquences et à ses apparitions aux émissions BazzoTV, Les échangistes, Entrée principale et L’opinion comique, le Jonquiérois de 36 ans joue dans les zones grises et nuancées en soulevant les contradictions qui émanent des enjeux sociaux et politiques de notre époque. Je me suis entretenu avec lui pour parler de son deuxième spectacle qu’il rode depuis le début de l’été, mais aussi de la nouvelle vague d’humoristes, d’humour engagé et de la controverse SLAV/Kanata.

Un an après avoir terminé la tournée de ton premier one man show, Objectivement parlant, tu as déjà commencé à roder ton deuxième spectacle au Zoofest le mois dernier. Plusieurs dates sont d’ailleurs annoncées pour l’automne. Quelle direction veux-tu prendre avec ce nouveau spectacle?

J’essaie encore une fois de comprendre ce qui se passe. De donner ma vision de certains phénomènes dans la société. Avec l’année qui sépare la première de la deuxième tournée, j’ai acquis un peu d’expérience et de maturité (juste un peu!).

En tant qu’humoriste politisé et engagé, est-ce que c’est difficile de construire son spectacle autour du feu roulant qu’est l’actualité ou, au contraire, tu y vois un défi à relever?

Il s’agit d’un défi à plusieurs niveaux: premièrement, faire rire avec des sujets souvent sérieux. Mais aussi, arriver à rassembler le public autour d’un constat commun. On vit à une époque où tout est tranché et polarisant. Arriver à rejoindre des gens qui n’ont pas nécessairement la même position sur chaque enjeu que j’aborde, c’est là mon principal défi. Cela dit, faire un spectacle d’humour, c’est difficile et ça demande beaucoup d’efforts, peu importe qu’il soit politisé ou non!

Tu es l’un des seuls (sinon le seul) humoristes au Québec à aborder des enjeux de société avec répartie, et ce, à partir de statistiques, de recherches, d’analyses fouillées. Qu’est-ce qui explique selon toi qu’il y ait si peu d’humoristes qui osent jouer dans cette zone grise plus nuancée?

Parce que ça amène beaucoup de détracteurs et d’insultes sur les médias sociaux! J’aime pas trop mettre l’emphase [sic] là-dessus parce que ça assombrit trop le portrait. Ma vie est superbe et je suis presque toujours de bonne humeur. Mais disons que je suis quand même tombé dans le radar de certaines personnes qui ne partagent clairement pas mes opinions, et je suis devenu leur tête de Turc!

Est-ce que tu crois que la nouvelle vague d’humoristes est peut-être plus consciente du rôle qu’un humoriste peut avoir et donc plus encline à prendre position sur certains enjeux?

Oui, je crois qu’ils ont envie de dire des choses. De prendre position. Même si parfois, c’est sur des sujets qui peuvent paraître plus banals, ils tiennent à leur singularité, donc à s’exprimer. À arriver avec un angle original.

À l’ère de Trump, des fake news, d’une certaine déprime ambiante, est-ce que ton rôle de faire réfléchir les gens et de les informer à partir de l’humour s’avère encore plus important aujourd’hui?

J’ose croire que oui. Mais ça vient aussi avec plus de responsabilités, c’est-à-dire de bien le faire et d’éviter de tomber dans certains pièges. Il m’arrive encore de trébucher. J’apprends! Je me considère relativement jeune dans tous ces processus, 36 ans, avec parfois un peu trop d’impulsivité sur les médias sociaux. Je vise d’être sage vers 40 ans!

Tu aimes jouer avec les contradictions des gens sur leurs opinions, leurs comportements et leurs croyances. Selon toi, quelles sont les plus grandes contradictions des Québécois en 2018?

Je n’appellerais pas ça une contradiction, mais un constat. Le monde change plus vite que jamais et ça insécurise beaucoup de gens. Ça, je le comprends. C’est la façon de réagir à cette insécurité qui m’inquiète. On se referme, on est sur la défensive, on cherche des boucs émissaires. On refait des erreurs du passé… Je crois qu’on devrait prendre un peu de recul, être un peu plus honnête envers nous-mêmes. La peur, c’est un ennemi de la raison…

Parlons un peu de l’épisode SLAV/Kanata qui a créé de vives tensions au Québec pendant l’été, surtout à l’intérieur de la communauté artistique et journalistique. Tu as été très actif sur Twitter, questionnant certains chroniqueurs et internautes qui criaient à la censure. Avec du recul, penses-tu qu’il y aurait eu moins de débordements dans ce dossier si chacun avait démontré plus d’ouverture, de compréhension et d’empathie les uns envers les autres?

Avec le recul, je continue de croire qu’on vit dans une période merveilleuse. Par contre, les médias (dont moi!) amplifions souvent certaines choses dont, il y a à peine quelques années, on n’aurait jamais entendu parler. Ça crée une distorsion dans notre vision du monde. On a l’impression que tout est négatif, tandis qu’on vit, je le répète, sans aucun doute dans la meilleure période de l’histoire. Tout ça me fait réfléchir à ma façon d’aborder et les sujets et les réseaux sociaux. Je me dis que je devrais peut-être mettre un peu plus l’emphase sur le positif. Être un acteur positif plutôt que de souligner le négatif… Je devrais y arriver vers mes 40 ans!

En spectacle

24 août @ Café Culturel de la Chasse-Galerie, Lavaltrie · Billets
10 mai @ Théâtre Lac-Brome, Knowlton · Billets

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