Montebello Rockfest
Entrevues

Les coulisses d’un grand festival

Plus de 70 formations cracheront leur rock, métal, punk rock et autre hard rock (même leur hip-hop) du 14 au 16 juin lors de la 13e édition du Montebello Rockfest, en Outaouais — le plus gros festival rock au Canada.

Depuis sa mise sur pied en 2005 par Alex Martel, un p’tit gars du village alors âgé de 17 ans, ce paradis du rock a connu une montée fulgurante, au point d’être victime de son succès et d’essuyer, en 2013, de solides revers sur le plan de la production: problèmes liés aux navettes, aux toilettes, à la circulation, etc. Dépassée par les événements, l’équipe devait réajuster le tir.

Alex Martel

Alex Martel – Crédit: MANNY

De grosses pointures de l’événementiel, ainsi que des partenaires locaux comme Orkestra, ont depuis mis leur expertise en gestion, en finances et en logistique au service de cette grande fête du rock. Après avoir été épaulé par le Festival d’été de Québec en 2014, le festival s’est associé en 2016 à la maison de production La Tribu et au groupe Juste pour rire; le partenariat avec ce dernier a toutefois été rompu l’an dernier, pour les raisons que l’on connaît. Cette année sont montés à bord Piknic Électronik et Igloofest, deux membres du collectif Mishmash.

Mais que les fidèles de guitares tonitruantes et de voix gutturales se rassurent, le Montebello Rockfest n’empruntera pas un virage électro pour autant, comme en fait foi la programmation.

Responsable à la commercialisation et à la billetterie chez Piknic Électronik, Thierry Plourde Beaudet nous en apprend davantage sur le rôle des partenaires dans l’organisation de cet événement à grand déploiement.

En quoi consiste ton poste?

Je m’occupe de tout ce qui se passe sur le site des festivals Piknic Électronik, Igloofest, Montebello Rockfest, Mile Ex End et Grosse Lanterne: marchandise, bars, bouffe, billets, etc. Je supervise les employés, signe des contrats, passe des commandes. Du site vide au premier billet vendu, tout ce qui a trait à la vente passe par moi.

Quels sont les défis logistiques d’un festival de l’envergure du Montebello Rockfest?

Le défi, ce n’est pas tant son ampleur que le fait que l’on compose avec presque tous les citoyens de Montebello. Contrairement à un festival montréalais où on loue un espace à la Ville, on fait affaire avec presque tous les résidents: on loue leur stationnement, leur terrain, etc. À Montréal, les festivaliers partent le soir; à Montebello, on les héberge, on les nourrit, on gère un camping de milliers de places. C’est costaud.

Montebello Rockfest

Crédit: MANNY

La maison de production La Tribu est votre partenaire organisateur. Comment vous aide-t-elle?

On travaille tous ensemble à la production et à l’organisation de l’événement. On se concerte et se divise les tâches. Cette année, La Tribu s’occupe plus des commandites, de l’administration et du suivi budgétaire, tandis que le Piknic Électronik gère davantage la production et les opérations du site: le montage des scènes, la gestion du bar, etc. Orkestra s’occupe de ce qui concerne le ministère des Transports, la police, les pompiers. Parce que, si on gère mal nos affaires, c’est possible qu’on bloque l’autoroute.

Quels défis te réservait cette treizième édition?

L’un d’entre eux était de ne pas travailler en double, parce que l’organisation, c’est à trois que ça se passe: il y a La Tribu, le Piknic Électronik, en plus de l’équipe maison du Montebello Rockfest. Un responsable de la commercialisation, il y en a dans les trois entreprises. Savoir qui fait quoi représente donc un défi majeur de coproduction. Mais, en gros, que l’on organise un festival de 500 personnes ou de 50 000, la plupart des tâches se ressemblent: on embauche 100 personnes au lieu de 10; on commande 200 palettes de bière au lieu de 2. Un autre défi était de ne pas répéter les erreurs du passé. La rentabilité d’un événement comme le Montebello Rockfest est difficile: il y a beaucoup de dépenses et d’imprévus. Il fallait faire un suivi serré du budget.

Comment mets-tu ton expérience antérieure à Juste pour rire, à evenko et à l’Équipe Spectra au profit du Montebello Rockfest?

J’ai appris à cerner le niveau de précision qui sera le plus rentable. J’ai fait des gigs avec l’Équipe Spectra où l’on pouvait prévoir les ventes au verre près — ça n’a rien à voir avec le Rockfest, où l’on peut écouler 1 200 barils de bières en une fin de semaine. Il faut parfois accepter de tourner les coins un peu ronds. Détailler 1 200 barils, ça me prendrait des semaines, sans forcément que l’on économise au bout du compte. Une autre force de l’expérience, ce sont les contacts. Le suivi est beaucoup plus rapide quand on sait quelle personne appeler dans les entreprises avec lesquelles on fait affaire. On ouvre son cell, on l’appelle, et c’est réglé. Ça réduit le démarchage, et on sait à qui faire confiance.

À ton avis, qu’est-ce que ça prend pour se lancer dans l’événementiel?

Il faut accepter les imprévus, car il y en aura tout le temps. On doit constamment se mettre en mode solution et ne pas se fâcher en tentant de trouver un coupable. On se concentre sur la façon de régler le problème, puis on passe à autre chose. On doit aussi tout prévoir dans les moindres détails et se sentir imputable. S’il manque une multiprise dans un bar, il fallait y penser. Mais, ça arrive, il y a trop de choses auxquelles songer. Dans ce cas, on s’organise, on appelle un collègue en renfort, on envoie quelqu’un en acheter une. L’événementiel, ce n’est pas comme un bar qui roule depuis 10 ans et qui s’ajuste ici et là; on recommence chaque fois à zéro. Il ne faut pas craindre les imprévus.

Ça doit être stimulant, tout de même.

Quand j’arrive au Vieux-Port pour l’Igloofest le premier jour devant un quai et un grand stationnement vide, puis que, deux semaines plus tard, je baigne dans un éclairage de fou, entouré de 40 conteneurs empilés, c’est satisfaisant. C’est impressionnant de partir de rien, de monter un événement et de retrouver un espace vide la semaine d’après.

Igloofest

Igloofest – Crédit: Charles Prot

Pourquoi as-tu opté pour l’événementiel?

J’avais peut-être 17, 18 ans, j’étudiais en guitare et je désirais travailler au Festival International de Jazz de Montréal. J’ai commencé comme commis d’entrepôt: je recevais des commandes, préparais des caisses de bière, allais les porter. Pour comprendre ma job, je devais comprendre tout ce qui se passe sur le site. C’est l’entrepôt qui fait en sorte qu’un événement balance ou pas, car on note tout ce qui y entre et en sort. Ensuite, j’ai été responsable d’un kiosque alimentaire (je passais mes commandes à l’entrepôt), puis j’ai géré ceux qui gèrent les kiosques. J’ai gravi les échelons au fil des ans.

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton métier?

L’aspect mathématique: les ventes, les inventaires, les budgets, etc. Ça peut sembler bizarre, mais j’aime faire des tableaux Excel et les voir devenir un immense site comptant des centaines d’employés. Mais j’aime tout autant arriver sur le terrain et voir la gang. Le même monde gravite dans les festivals de Montréal. Peu importe lequel, je croise des barmans avec qui je travaille. J’ai d’ailleurs rencontré ma blonde, qui exerce le même métier que moi pour d’autres festivals, au Festival de Jazz. On se connaît tous, on devient une famille. On passe de longues journées avec ces gens-là, et c’est trippant. Parfois, on arrive à 8 h et on part à 6 h le lendemain, pour ensuite recommencer à 10 h. Ça semble long, mais on n’a pas l’impression de puncher in et out. C’est comme si je faisais un party entre amis chez moi et qu’on manquait de glace; on file en acheter au dépanneur. C’est un peu ça, mais fois 10 000.

MONTEBELLO ROCKFEST

🗓 14 au 16 juin
🎤 Prophets of Rage, Weezer, Jimmy Eat World, Sum 41, Rancid et plusieurs autres!
🎟 lepointdevente.com/billets/rockfest

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