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Roxane Bruneau : poursuivre son élan

Le nom de l’auteure-compositrice-interprète Roxane Bruneau a rapidement fait le tour de la province dans les dernières années. Muni d’une personnalité authentique sans compromis et d’un sens pointu de la répartie, celle qui s’est d’abord fait remarquer sur les réseaux sociaux par le biais de ses vidéos humoristiques a su rallier un impressionnant et très fidèle fanbase grâce à ses chansons accrocheuses et touchantes à saveur pop osant aborder certains enjeux personnels et sensibles tels que la santé mentale et les relations toxiques.

La parution de son album Dysphorie en 2017 et la forte rotation de ses morceaux dans les médias lui ont ensuite permis d’agrandir son bassin d’admirateurs, générant des millions de visionnements sur la toile et se produisant à guichets fermés un peu partout au Québec. Tout ce succès a même été couronné par une nomination et un passage notoire au plus récent gala de l’ADISQ. Une consécration pour l’artiste.

Au bout d’une année 2018 chargée en prestations, créations de contenus sur le web et de nouvelles expériences de toutes sortes, celle qui a fait un tabac sur les radios commerciales grâce à son single J’pas stressée a pu prendre un certain temps pour rattraper son souffle avant de reprendre la route avec une version améliorée de son spectacle solo dont la mise en scène est maintenant signée par Martin Cloutier.

Tout d’abord, comment vas-tu? As-tu pu profiter de période des Fêtes pour prendre un certain recul sur tout ce qui s’est passé pour toi dans la dernière année?

Vraiment. J’ai pris conscience du fait que je n’ai peut-être pas apprécié chaque moment à cause de mes troubles anxieux. Cette année, je me suis promis de mieux vivre toutes les expériences qui vont se présenter à moi. Quand j’ai pris le temps de décanter tout ça, j’ai réalisé à quel point c’était malade ce que j’ai vécu au cours des derniers mois! J’ai envie de le vivre pour vrai pendant que ça se passe.

Tu te livres beaucoup sur le web via tes vidéos qui ont réussi à cumuler des millions de visionnements et de clics. Est-ce plus facile de véhiculer un propos via un sketch en ligne ou encore en composant une chanson?

Honnêtement, je ne sens pas qu’il y a tant de différence. En autant que le message se rende. Je pense que la seule différence, c’est que sur le web, c’est difficile de se planter. Quand t’as un propos qui est plus tricky à passer, tu peux jouer avec les jumpcuts. Par exemple, j’ai déjà parlé d’agression sexuelle dans une capsule, pis j’avais fait beaucoup de montage parce que je voulais absolument que les gens comprennent ce que je voulais dire. C’est qu’en 2019, il y a beaucoup de gens qui se fâchent rapidement et ça me fait peur. Je retravaille constamment ce que je dis pour être certaine que les gens ne s’offusquent pas. En chanson, c’est qu’il y a ç l’émotion aussi. Moindrement que tu te mélange dans les paroles, tu perds un peu de la force du message. Je veux vraiment que les gens ressentent ce que je chante. Que ça leur rentre dedans. C’est principalement ça la différence. Pour ce qui est de l’écriture en général, dans mon cas, ça part tout seul.

Tu parles pas mal de maladie mentale sur tes plateformes et dans ta musique. As-tu été surprise par la réaction du public face à tes confessions et sens-tu que les tabous sont de plus en plus brisés dans notre société?

Je pense qu’il y a encore beaucoup de travail à faire du côté des tabous parce qu’il va toujours y avoir une gang de morons pour nous dire que ce n’est pas normal [d’avoir des problèmes de santé mentale]. Je ne pèserai pas mes mots. Ce qui m’a personnellement vraiment surprise, c’est quand j’avais mis en ligne la chanson Le Diagnostic sur Facebook il y a environ 3 ou 4 ans. Il y avait eu des milliers de commentaires de gens qui se livraient et qui racontaient qu’ils avaient eux-mêmes reçus des diagnostics de santé mentale. La section des commentaires, on aurait dit que c’était devenu une thérapie de groupe. Les gens s’envoyaient des messages d’amour et ils partageaient leurs expériences. C’est fou de voir comment les gens peuvent être impactés par ma musique parce que moi-même je ne réalise peut-être pas toujours l’ampleur des mots que j’utilise.

Tu as tout récemment fait paraitre une version réenregistrée de ta chanson Notre Belle Démence. Pourquoi as-tu voulu retravailler sur ce morceau déjà très populaire de ton répertoire?

J’aime revisiter les chansons. C’est que l’album, on l’a fait rapidement et je l’adore, mais avec l’expérience que j’ai maintenant, il y a certaines choses que j’aurais peut-être faites différemment. Quand je l’ai fait, j’avais zéro expérience en musique. Cette fois-ci, j’avais envie que ce soit autre chose. Pis pour les radios, une chanson piano-voix, ça n’aurait pas passé. Je ne veux même pas me travestir pour les radios, mais pour moi ça m’a ouvert d’énormes portes. Je me suis dit pourquoi ne pas faire une nouvelle version plus radiophonique tout en gardant le sens de la chanson. Dans le fond, c’est juste pour ça que je l’ai fait. J’aime que mes chansons vivent dans différents univers. Et à partir de là, elles ne m’appartiennent plus. Les gens se les approprient pis c’est ça qui est malade.

Ton premier album a été couronné de succès et ça a été une véritable surprise, autant pour toi et chez les grands médias traditionnels. Est-ce que la réponse du public a changé quoique ce soit à ta manière d’écrire pour le prochain album? Ressens-tu une certaine pression de répondre aux attentes pour la suite des choses? 

Énormément. J’ai justement de la misère à écrire à cause de ça. J’ai le syndrome de la page blanche. Pour moi, allez m’asseoir pis écrire une chanson, c’est difficile. C’est qu’avant, j’écrivais uniquement pour moi. C’était un peu tout croche, mais ça venait vraiment du cœur. En ce moment, on dirait que j’essaie de suivre une espèce de pattern en me basant sur le fait qu’il faut que ce soit radiophonique, que ce soit bien suivi, que ce soit ci, que ce soit ça. J’essaie du mieux que je peux de décrocher de ça.

Tu as pas mal de concerts devant toi pour les prochains mois, dont trois supplémentaires du Club Soda de Montréal et de nombreux passages un peu partout en province. Pour les gens qui ne t’ont jamais vu sur scène, à quoi est-ce qu’on peut s’attendre? Et comment anticipes-tu la fin de la tournée Dysphorie?

Les gens qui ne m’ont pas vu sur scène peuvent s’attendre à tout parce que ce n’est jamais vraiment le même spectacle. C’est vrai qu’il y a maintenant une mise en scène et que je gère mieux mon temps, mais il reste que chaque show est différent parce que ça va vraiment à la va-comme-je-te-pousse. S’il m’est arrivé de quoi la veille, c’est pratiquement certain que tu vas en entendre parler dans le spectacle. Il y une grande part d’impro dans ce que je raconte entre les chansons. Ça va dans tous les sens. Tu peux rire, pleurer, ou même rire en pleurant. Ce sont des commentaires que j’ai en sortant des shows. Donc Dysphorie, ça mise beaucoup sur l’énergie live du spectacle!

Pour le spectacle du 14 février et la supplémentaire du 11 avril prochain au Club Soda, il reste des billets ici: 

https://lepointdevente.com/billets/clb190214001

https://lepointdevente.com/billets/clb190411001

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