Sinik
Entrevues

Sinik – De flow et de mots

Après la parution de son album Immortel 2 en 2015, l’icône du rap avait décidé de prendre une pause musicale. Entre-temps, il en a profité pour ouvrir le salon de tatouage Watch My Tattoo – qui se porte à merveille – dans le 14e arrondissement de Paris.

Au grand bonheur de ses admirateurs, celui que l’on surnomme également Malsain l’assassin ne les aura pas fait languir bien longtemps, ayant fait paraître un EP de sept morceaux, Drone, à la fin de 2017. Par ce titre résolument d’actualité et la sortie en format numérique seulement du mini, le célèbre rappeur des Ulis à la plume acérée prouve qu’il est dans l’air du temps.

On profite de son imminent séjour dans la Belle Province pour lui jaser un brin.

Qu’est-ce qui t’a amené à la création d’un album après une si courte pause?

À la base, la musique est une passion et, un peu comme toutes les passions, lorsqu’on arrête, ça nous manque très, très vite. J’avais besoin de souffler, mais j’avais envie d’écrire – j’en ai toujours eu envie. Le salon de tatouage que j’ai démarré est devenu un point d’ancrage où me trouver. Chaque jour, des gens passaient, m’encourageaient et me disaient: «réécris». Ce sont donc le soutien des gens et l’envie d’écrire qui ont mené à Drone.

Pourquoi avoir choisi ce titre?

Je l’aime bien, car un drone, c’est quelque chose de très discret qui regarde de loin ce qui se passe en dessous de lui. J’aime cette image; je m’y retrouve pas mal.

Comment se porte le rap français aujourd’hui?

Il se porte toujours bien, dans la mesure où de nouveaux artistes émergent constamment. Il existe différents courants de rap – la trap, le rap plus à l’ancienne comme le mien, etc. – et je pense que tout le monde arrive à trouver sa place. L’essentiel, c’est que des artistes émergent en permanence. Le rap sera mort le jour où il n’y aura plus de nouveaux beats, plus rien de nouveau à écouter, où l’on se reposera que sur des noms de longue date. Tant que des jeunes arrivent, que des courants se créent, qu’une énergie se maintient, la situation est positive.

Comment qualifierais-tu ce rap un peu à l’ancienne?

C’est le rap que j’ai particulièrement écouté quand j’étais plus jeune [il est né en 1980]. Il mise sur les paroles: il a du contenu, fait émaner du sens, véhicule des messages. Comme rappeur, on veut être compris par un maximum de personnes, être lisible, ne pas utiliser des mots que nous seuls connaissons. Ce type de rap ne vise pas qu’à faire danser les gens, en fait; il essaie aussi de les faire réfléchir un peu sur certains enjeux. C’est la grosse différence entre le rap d’avant et d’aujourd’hui: ce dernier est beaucoup plus festif, axé sur la facette dansante de la musique – il porte moins sur la réflexion.

Quels artistes de rap français devrait-on découvrir?

Un artiste originaire de chez moi, Ninho, qui fait partie de la nouvelle génération de rappeurs français. Sa musique a du contenu, il écrit bien. Mais il y a vraiment des artistes pour tous les goûts. Je suis fan de rap qui kicke; j’aime un débit rapide, énervé, quand les mots abondent.

Que penses-tu de la scène hip-hop québécoise?

Vous avez cette particularité d’être voisins des États-Unis et d’écrire en français. Sur le plan de la production et du flow, vous vous rapprochez des Américains, tout en ayant des textes forts et porteurs. Peut-être est-ce parce que vous vous situez entre les deux cultures, mais vous avez pris le meilleur du rap, à mon avis. Le rap québécois est vraiment complet; je peine à comprendre qu’il n’y ait pas plus de rappeurs québécois connus mondialement. C’est ce que mes visites chez vous au fil des années m’ont appris: la culture hip-hop y est énorme, et vous comptez de nombreux artistes de talent qui, en plus d’avoir un flow, ont du contenu. Il faut par contre que je me remette à la page, car ça fait un moment que je ne suis pas venu, et j’aimerais bien écouter vos nouveaux artistes.

Le rap s’est démarginalisé et a pris sa place dans la culture populaire, allant à l’encontre des préjugés qui le taxent d’être misogyne et bling-bling.

En effet, il faut écouter les textes de rap, qui peuvent être très respectueux. C’est comme tout, le rap comporte aussi des dérives – le rock et bien d’autres styles de musique n’en font pas abstraction. Pourquoi le rap serait-il plus coupable?

Vétéran du rap français, tu as côtoyé les IAM, Fonky Family et autres Ärsenik. Quel est l’un de tes bons souvenirs en carrière?

L’un d’entre eux – j’en ai plein –, c’est ma première fois en studio. On enregistrait la compilation Mission suicide, sortie en 2001; je chantais avec Lino d’Ärsenik, le plus gros kickeur à l’époque. Je faisais ainsi mes premiers pas dans le rap de haut calibre: grosse compil’, grosses collaborations, grosse équipe de production. C’est un joli souvenir, car c’est le jour où j’ai vraiment intégré le milieu et que je me suis dit qu’il y avait peut-être quelque chose à faire.

Finalement, comment ton salon de tatouage à Paris se porte-t-il?

Il va vraiment bien, c’est sympa d’en parler. Il est ouvert depuis deux ans et demi maintenant. Les clients affluent: certains viennent me voir, d’autres viennent se faire tatouer sans savoir que c’est mon salon. On n’a que de bons retours. Franchement, je suis content. Et je parviens à concilier ce travail avec la musique; je le vois à long terme et j’envisage même d’ouvrir un autre salon à Paris.

***

Sinik atterrira sous peu en sol québécois – lui qui ne l’avait pas frôlé depuis un bail – pour une tournée de quatre concerts du 9 au 12 mai, à Montréal, Sherbrooke, Québec et Trois-Rivières. Billets en vente ici!

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