Entrevues

Suuns – Maître de sa destinée

Moins de deux ans après Hold / Still, le quatuor rock expérimental Suuns revient avec un album qu’on n’attendait pas si tôt… et que le groupe ne pensait pas créer de manière si impromptue. Les pièces de Felt ont pris forme alors que l’intention derrière les sessions au Studio Breakglass étaient tout simplement de se remettre en jambes après une pause de tournée.

«C’était l’hiver quand on a commencé, et l’hiver c’est bien pour être en studio», explique Jos Yarmuch, discret mais sympathique guitariste du groupe.

Et comme le groupe n’avait que pour objectif d’enregistrer quelques démos à cette époque, les pièces qui composent Felt nous plonge dans de nouvelles atmosphères, jusqu’ici étrangères au répertoire de Suuns. Jos en convient: «L’esprit de cet album est vraiment plus relax que tout ce qu’on a fait jusqu’à maintenant. C’est parce qu’on est entré en studio sans pression. Et quand après 5-6 jours à créer on a vu qu’on avait des bonnes pièces, on a décidé de continuer», se souvient-t-il.

Mais plutôt que de condenser l’effort en ajoutant des sessions de studio à celles que le groupe venait de vivre, les quatre membres ont plutôt convenu de retourner chaque mois au Breakglass. «Chaque fois, on montait environ trois chansons. Au bout de quatre ou cinq mois, on avait assez de stock pour faire l’album. On n’a finalement jamais fait de démos. En mai, on était prêt à amorcer le mix tout en conservant cette vibe relax.

Pour l’enregistrement de Hold / Still, Jos, Ben Shemi (guitare, voix), Liam O’Neil (batterie) et Max Henry (claviers) se sont rendus à Dallas pour une session condensée sous haute tension. Le résultat est un album dense, compact et sur les dents.

À l’écoute de Felt, on découvre effectivement une facette plus aérienne de Suuns. Si on y reconnait les sonorités distinctives des guitares de Ben et Jos ou des claviers de Max, celles-ci sont employées d’une nouvelle manière.

«On n’a pas vraiment changé notre équipement depuis le début du groupe… bien sûr tu peux toujours t’acheter des nouvelles pédales, mais sinon, c’est pas mal la même chose. Je dirais qu’on a d’abord cherché à utiliser nos instruments pour qu’ils épousent une certaine atmosphère. On n’a pas cherché la performance parfaite, on voulait plutôt qu’il se passe quelque chose de manière non-provoquée».

Et c’est exactement ça l’attrait de ce Felt (et c’est aussi pourquoi on doit l’écouter une petite dizaine de fois pour vraiment appréhender ses textures): Suuns y installe des ambiances en restant dans la suggestion et l’évocation.

«Ça toujours été assez difficile de jouer de la guitare dans Suuns, il n’y a pas d’accords ni de solo, mais c’était encore plus difficile sur cet album: il faut trouver des spots pour placer la guitare alors que tout semble déjà plein. Il faut que tous les instruments aient leur spot, sans prendre la place d’un autre. C’est un peu weird», évoque-t-il.

Sur ses précédents albums, le groupe créait un chaos instrumental froid et sec alors que la voix douce et fragile de Ben agissait comme contrepoids à cette tension. Sur Felt c’est différent, la voix de Ben, qui passe sur certains titres par un filtre robotisé, contribue au côté aérien des pièces.

«Je pense qu’avec Felt on va turn the corner des trois premiers albums comme on dit en anglais. On voulait amener de nouvelles couleurs à notre palette et surtout être moins dark», puis Joseph prend une pause.

«Suuns va toujours resté un peu noir, mais disons que ça serait difficile de faire plus noir que Hold / Still», ajoute-t-il en riant.

 

Vieillir et perdurer en groupe

Formé en 2007, Suuns est maintenant un groupe bien établi à Montréal et ailleurs dans le monde, même si sa musique peut sembler difficile d’approche.

Jos est bien conscient que c’est difficile pour un groupe d’évoluer sur plus d’une décennie, mais il admet que l’ambiance au sein de Suuns est plus que saine.

«C’est vraiment facile de travailler ensemble, en composition, en studio ou en post-production. Comme pour l’album, on a tout fait au Breakglass à quatre… il y a juste notre ami Dave Smith qui est venu installer les micros. Nous sommes un groupe tissé serré, on écoute presque la même musique et on s’influence, mais nous sommes aussi des professionnels qui aiment travailler ensemble», explique humblement Jos.

En tournée, la longévité des groupes en prend souvent pour son rhume. Les personnalités sont plus sujettes à ressortir et à s’opposer. Mais ne comptez pas sur Suuns pour défrayer les manchettes pour une bagarre dans un Tim Hortons de région. Le tempérament des musiciens, les tournées courtes et leur port d’attache à Montréal sont probablement autant de raisons qui permettent à Suuns de continuer à maturer et à créer en groupe.

Parlant de tournée, Joseph admet que le calendrier demeure bien ouvert pour la première moitié de 2018 avec quelques dates printanières en Europe et une tournée aux États-Unis par la suite. «On n’y est pas allé pour Hold / Still, alors ça sera bien d’y retourner».

Suuns en spectacle

13 mars @ La Source de la Martinière, Québec · Billets

Photos: Alexandre Charron

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