Tania B. Lacasse
Entrevues

Tania B. Lacasse – Psych et art expérimental

Les Nuits Psychédéliques de Québec, un festival de musique, vidéo, arts visuels et littérature, sont de retour pour une cinquième année, du 26 au 28 avril. Les amateurs d’art psychédélique et expérimental pourront faire le plein de culture durant trois jours au Complexe Méduse ainsi qu’au Pantoum. Le festival recevra plusieurs groupes de musique qui valent amplement le déplacement, dont Xarah Dion, Paul Jacobs et Vulvets. Pour l’occasion, nous avons pris le temps de poser quelques questions à Tania B. Lacasse, directrice de la programmation de ce festival unique et on ne peut plus coloré.

Peux-tu nous parler un peu de ton parcours professionnel? Comment t’es-tu retrouvée à t’occuper de la programmation des Nuits Psychédéliques de Québec?

En gros, je suis une autodidacte. Je suis à fond dans l’esprit DIY (Do It Yourself), j’estime qu’il n’y a rien que je ne peux pas faire et quand je ne sais pas faire quelque chose, je m’arrange pour l’apprendre et je fonce; à ce jour, ça m’a bien servie. J’ai été recrutée dans l’équipe principalement parce que j’animais une émission de radio, Réaction Psychotique, qui présentait une sélection assez pointue de psych et de garage. J’ai animé cette émission de 2009 à 2017. Je faisais également pas mal de DJ sets à Québec (de 2008 à ce jour), pas nécessairement dans des créneaux qui me plaisaient.

Environ 2 ans avant les Nuits Psyché, j’avais commencé à présenter des soirées plus psychédéliques et j’accompagnais le tout de vidéos que je bidouillais chez moi avec Windows Movie Maker, c’était l’asile! Il y avait une certaine réponse tout de même à mon concept, contre toute attente. À l’été 2014, j’ai été contactée pour joindre l’équipe naissante des Nuits Psychédéliques. Je me suis d’abord occupée de l’habillage des salles (scénographie) et des projections vidéo, tout en donnant mes idées sur la programmation, qui étaient bien reçues en général, donc j’ai pris ma place naturellement. À ce moment-là, c’était principalement Jean-Claude Anto qui s’en chargeait. Quand il a quitté l’organisation deux ans plus tard, j’ai eu envie de reprendre le flambeau, ça s’est imposé graduellement.

Quels sont les défis que tu as rencontrés en tant que programmatrice de la 5e édition de cet évènement?

À mon sens, le gros défi, c’est de continuellement renouveler l’offre sans dénaturer l’essence même de notre festival. Il y a peu de groupes au Québec qui font dans le psychédélique, le garage ou le stoner. Il faut donc gratter pas mal pour trouver des perles chaque année et présenter des groupes que notre public aura envie de venir découvrir. L’idée, c’est de ne pas non plus tomber dans la simplicité et la prévisibilité. On reçoit beaucoup de candidatures de groupes qui sont excellents, mais qui ne cadrent pas dans l’esthétique qu’on recherche pour notre évènement. Il y a un gros tri à faire et des questions à se poser également.

De plus, l’ultime défi reste de respecter la limite budgétaire établie par notre comptable. On porte l’étiquette de festival, mais on n’en a pas le portefeuille et c’est souvent compliqué de le faire comprendre aux agents qui souvent sont pas mal gourmands. On est juste un petit évènement qui tente de faire vivre la scène underground à Québec; on ne reçoit pratiquement rien en termes de subventions. On est loin de pouvoir offrir autant aux artistes que ce qu’on voudrait; en revanche, on tente de leur offrir une expérience ultra agréable et festive. Bref, on fait tout pour qu’ils repartent heureux d’être venus nous visiter.

Comment est né le festival et quels sont ses objectifs ou projets à long terme?

Au commencement, on était cinq, durant les deux premières années. L’idée du festival est venue de François Deschamps, qui voulait produire un festival psych dans la vague de tous ces psych fests qui ont éclos à travers le monde au début des années 2010. Il a recruté Jean-Claude Anto qui, à son tour, nous a recrutés, Maxime Chiasson, Guillaume Chiasson et moi. Les rôles n’étaient pas super clairs et on ne savait pas trop où on s’en allait. On se disait que c’était risqué de présenter un évènement comme les Nuits Psychédéliques dans une ville dortoir comme Québec, mais on s’est lancés quand même, par amour de la musique psychédélique, par envie de faire bouger la scène, de présenter autre chose.

Durant la première année de travail, avant la première édition, on s’imaginait vraiment que personne n’allait se pointer, mais on avait trop envie de faire vivre ce projet, donc on a juste foncé et les gens sont venus, pas mal de gens, un peu plus chaque année! Depuis un an et des poussières, je travaille avec une toute nouvelle équipe, des gens ultramotivés. Nous sommes huit personnes en tout et, dans un sens, on voudrait bien faire grossir le festival, mais pas trop non plus, histoire de ne pas le dénaturer.

On aimerait aussi avoir de plus gros noms sur le line-up; parfois pour Québec, c’est moins évident, mais le festival grossit et gagne en crédibilité, donc tout est possible à mon avis. Aussi, on a commencé l’an dernier à présenter des shows Orbites, donc hors festival, pour rester actifs tout au long de l’année; ultimement, on aimerait en présenter plus dans l’avenir. Pour ma part, j’aimerais bien avoir une portion plus arts visuels et numériques durant le festival, pouvoir présenter une exposition avec des artistes qui proposent une démarche ou une production psychédélique.

Pourquoi avez-vous décidé de diviser le festival sous les thèmes du Premier contact, d’Illumination et de l’Émanation?

En fait, au départ, on mélangeait tout. Dans la même soirée, on pouvait avoir six bands dont un plus folk, un plus psych, un autre plus stoner et un autre garage. Ça apportait une vibe vraiment le fun, ça attirait une foule assez hétéroclite, les gens ne savaient jamais l’ordre de passage des groupes, c’était axé principalement sur la découverte. Le lieu du Cercle permettait cela aussi, le fait qu’on avait deux salles bien différentes, ça se prêtait bien à ce mélange des genres.

Quand on a bougé vers le Complexe Méduse en 2016, on a décidé de personnaliser les soirées et de séparer les genres, pour voir ce que ça donnerait. On a bien aimé l’expérience, le public aussi. On présente une soirée stoner, une autre plus garage et psych, puis une plus expérimentale. Puis l’idée est venue de nommer les soirées pour leur donner une identité propre et une image, pour pouvoir plus facilement en faire la promotion. D’une année à l’autre, les thèmes changent; on se base sur la programmation et ces thèmes inspirent notre projectionniste Louis-Robert Bouchard, artiste en art numérique. Tout est sujet à changer, rien ne dit qu’on ne reviendra pas à la première formule un jour.

Quels sont, selon toi, les spectacles à ne pas manquer durant la prochaine édition des Nuits Psychédéliques de Québec?

TOUTE! Hahaha, non, sérieux, je crois qu’on ne doit absolument pas rater Lemongrab qui vient jouer à Québec pour la première fois. Le groupe est très attendu: on m’en parle beaucoup depuis le dévoilement de la programmation. Ses membres proposent un truc qui mélange à la fois le garage, le grunge et le psych; ça promet d’être très énergique. Xarah Dion est également un incontournable à mon avis pour les amateurs de musique expérimentale électro. Et je dirais aussi Monobrow, un trio stoner instrumental d’Ottawa qui a déjà plusieurs années de rock dans le corps, ça risque d’être vachement solide. Je m’arrête ici, mais je pourrais te vendre également chaque groupe de cette programmation qui est, ma foi, pas gênante du tout.

Est-ce qu’il y a des artistes ou des groupes de musique qui t’ont déjà particulièrement marquée et pourquoi?

Oui, il y en a eu pas mal! Entre autres, les Fleshtones qui, malgré leur âge vénérable, nous avaient donné une leçon de rock assez solide et avaient été vraiment sympas aussi. On aurait tendance à croire que ces vieux groupes sont tous blasés et désagréables étant donné qu’ils en ont tellement vu – on les comprendrait –, mais ils nous ont prouvé le contraire. Meilleure attitude ever, on s’est bien amusés avec eux!

Aussi, Lance Gordon de Mad Alchemy Liquid Show, qui est le roi des projections liquid show de San Francisco, est assurément la personne que j’ai été le plus énervée d’accueillir. Je suivais son travail de projection via Facebook et je voyais tous les évènements qu’il couvrait et tous les gros noms de la scène psychédélique américaine et européenne avec qui il tournait. J’étais vraiment impressionnée de le rencontrer et d’avoir la chance de présenter son travail à Québec. C’est pas mal le type le plus cool de tous les temps.

Sinon, je crois que la prestation de Tonstartssbandht, lors de la première édition, restera gravée dans la mémoire de plusieurs: c’était assurément un des moments les plus intenses des cinq éditions. Il y avait une énergie que je pourrais difficilement te décrire, ces gars-là, c’est de vrais phénomènes, il y a tellement de passion dans leur musique, il faut les voir en show au moins une fois. Cette prestation est d’ailleurs disponible sur YouTube.

Peux-tu nous parler de l’art expérimental et psychédélique à Québec? Qu’est-ce qui le distingue des autres formes d’art expérimental et psychédélique qu’on trouve à travers le reste de la province, d’après toi?

La plupart de nos artistes s’exilent à Montréal parce que la vibe de Québec change, et pas pour le mieux. Les lieux de diffusion se font de plus en plus rares, notre centre-ville dans sa version gentrifiée est de plus en plus hostile aux artistes et à leur art. On a eu plusieurs belles années avec Le Cercle et la Galerie Rouje, L’AgitéE, la galerie Morgan Bridge, le festival Antenne-A… Mais ç’a beaucoup changé et l’avenir semble incertain. D’où l’intérêt de créer un festival psychédélique.

On tente, à notre manière, de brasser la cage, de raviver la flamme et de donner aux gens l’envie de s’activer et de faire revivre leur ville et leur scène. Sinon, je ne peux passer sous silence l’apport immense de l’équipe du Pantoum à la microscène de Québec qui, avec beaucoup de cœur et de générosité, permet la diffusion et l’élaboration de bien des projets!


Les Nuits Psychédéliques de Québec
26 au 28 avril
Billets en vente ici!

Crédit photo (Tania B. Lacasse): Jay Kearney

Article précédent Article suivant

Vous aimerez peut-être...

Réagissez à cet article

Écrire un commentaire