Le Zaricot
Entrevues

Le Zaricot – Un château fort culturel

Fondé en 2003, Le Zaricot s’est positionné au fil des ans comme une véritable plaque tournante pour les amateurs de musique de la Montérégie avec sa proposition musicale diversifiée et avant-gardiste. L’intime salle de la rue des Cascades célèbre par ailleurs ses 15 ans d’existence cette année. Un anniversaire significatif, considérant la précarité des petites salles de spectacles au Québec (lire ici les fermetures consécutives du Sous-Bois à Chicoutimi, du Cercle à Québec et du Divan Orange à Montréal en près d’un an). On a discuté avec Joëlle Turcotte, responsable de la programmation et l’une des copropriétaires du Zaricot, de la programmation 2018-2019, d’un nouveau festival à Sainte-Hyacinthe et des avenues possibles pour assurer la survie et la pérennité des lieux de diffusion alternatifs.

Votre programmation 2018-2019 est vraiment diversifiée, passant du rap (Koriass, FouKi, Yes Mccan), à la la pop (Milk & Bone, Helena Deland, Hubert Lenoir, Karim Ouellet), au folk (Beyries, Lou-Adriane Cassidy), et au rock (Caravane, Bloodshot BILL). Est-ce que c’était ton objectif de bâtir une programmation hétéroclite, où chacun peut trouver son compte?

J’ai l’impression que lorsqu’on aime vraiment la musique, ce n’est pas juste une affaire de style. C’est pas comme au secondaire où il y avait les punks et les yo. Je pense qu’une programmation diversifiée peut à la fois marier les publics et plaire aux mélomanes invétérés. Ce que j’essaie de dire, c’est que moi, j’irais voir tous ces shows-là (on juge les autres par soi-même, tsé).

Le Zaricot s’est vraiment installé comme l’un des châteaux forts culturels de Saint-Hyacinthe. Qu’est-ce qui explique selon toi la fidélité du public maskoutain et, du même coup, la popularité de cette scène?

C’est parfois surréaliste d’entendre ça. Dans notre ville, dans notre quartier, on est souvent uniquement perçu comme un bar, vraiment pas comme un château fort culturel. C’est difficile de se faire reconnaître comme tel. Par contre, quand notre salle est pleine et que le public est conquis, on s’en fout un peu. Ceux qui nous aiment et qui aiment notre salle le font très bien.

Je crois que ce qui fait que notre public nous est fidèle, c’est à la fois la qualité de nos spectacles et celle des artistes qu’on présente, l’intimité de notre salle, mais je pense que ce qui fait vraiment la différence, ce sont les gens qui y travaillent. Notre équipe est complètement folle de musique et trippe sur ce qu’on fait, alors je pense que ça ne peut que donner le goût aux gens de revenir.

Tu as récemment annoncé la tenue du Festival Providence, qui se tiendra à Sainte-Hyacinthe quelque part en 2019. Peux-tu nous donner quelques informations exclusives sur cet évènement?

Ce projet est vraiment embryonnaire. En fait, c’est que nous (Jacob Gladu, Martin Beauregard et moi) sommes rendus à un moment dans nos vies où on a envie de créer un évènement qui nous ressemble. Après le festival Agrirock et toutes les embuches qu’on a dû surmonter, on voulait revenir à quelque chose de simple, de communautaire, un festival de quartier. Comme on adore tous les trois le quartier La Providence, l’idée a germé d’y créer quelque chose. Pour l’instant, tout ce qu’on peut dire, c’est que se déroulera en 2019 la première édition du Festival Providence: festival d’arrière-cour.

Depuis l’année dernière, il y a eu la fermeture du Sous-Bois à Chicoutimi, la fin du Cercle à Québec à l’hiver ainsi que la lente agonie du Divan Orange à Montréal en mars dernier. Les lieux de diffusion alternatifs se retrouvent donc dans un état très précaire et luttent pour rester en vie. Qu’est-ce qui explique, selon toi, que les petites salles de spectacles ont de la difficulté à joindre les deux bouts?

Plusieurs raisons expliquent la situation: le manque de soutien des gouvernements, le manque de reconnaissance des municipalités, la rigidité de la réglementation sur les permis d’alcool (notamment l’interdiction d’accueillir des mineurs aux spectacles) et l’explosion des coûts de production/diffusion des spectacles qui influe inévitablement sur les cachets.

Est-ce qu’une salle comme Le Zaricot peut être encore viable économiquement en 2018? Si oui, comment?

Viable dans son volet spectacle? Absolument pas. Viable en vendant de la bière sept jours sur sept? Oui, mais on est du côté de la survie plutôt que de la réelle viabilité. Par contre, notre statut de bar de quartier est ce qui nous sauve et nous permet d’engranger des revenus qui nous servent à présenter des spectacles. Les clients réguliers qui viennent prendre une pinte toutes les après-midis ne savent pas à quel point ils font leur part pour la culture!

Est-ce que votre double statut de bar et de salle de spectacle — ce qui signifie pas de mineurs et de subventions — est une nuisance ou, au contraire, vous permet d’obtenir plus de revenus sur la boisson et la nourriture?

Je vais tenter une réponse aussi ambivalente que l’est notre statut. Notre double statut nous permet de survivre, mais c’est aussi ce même statut qui nous empêche de vraiment être rentables. Aussi, c’est notre personnalité de bar qui donne le ton à notre salle, qui lui donne son intimité, sa spontanéité, qui la rend plus humaine, moins amphithéâtre. Sauf que c’est cette même personnalité qui donne aux institutions l’impression d’un manque de sérieux. En fait, je rêverais d’un monde où notre statut ambivalent serait reconnu et où nous serions une catégorie d’entreprise culturelle à part entière!

Jon Weisz, directeur de la compagnie de diffusion Indie Montréal, a récemment fondé Scènes de musiques alternatives du Québec (SMAQ), un regroupement de salles qui produisent des spectacles sans être subventionnées. Crois-tu que c’est une alternative qui pourrait être bénéfique à long terme ou il existe d’autres moyens/solutions que les propriétaires de salle de spectacles devraient étudier?

Certainement! Je suis d’ailleurs dans le comité de travail qui tente de bâtir ce regroupement. Je crois vraiment qu’en nous unissant, nous pourrons peut-être arriver à faire reconnaître notre statut et à offrir à tout un pan de notre écosystème culturel la possibilité de souffler un peu. Je crois qu’un peu de lobby de notre bord ne pourrait pas faire de tort et qu’en fait, on a tout à gagner et plus rien à perdre en ce moment.

EN SPECTACLE AU ZARICOT:

Septembre
08 – Dave Chose et Louis-Philippe Gingras
14 – Pépé et sa guitare
15 – Renard Blanc
21 – Helena Deland
28 – Mon Doux Saigneur
29 – Yes Mccan

Octobre
06 – Nicolet et Louize
12 – Bloodshot BILL
13 – Félix Dyotte
19 – Sam Tucker
25 – Milk & Bone (complet)

Novembre
09 – Alaclair Ensemble
10 – Hubert Lenoir (complet, mais de retour le 28)
16 – Les Louanges
17 – Koriass
24 – Random Recipe
30 – Beyries

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