Entrevues, Musique, Nouvelles, Spectacles & Évènements

Coup de cœur francophone : cultiver la curiosité

C’est un 33e tour de piste que s’apprête à entamer le désormais mythique festival Coup de Cœur Francophone (CCF) à Montréal. Du 7 au 17 novembre, l’événement posera une fois de plus les réflecteurs sur l’effervescence de la création musicale locale et internationale ayant la langue de Molière comme point de rassemblement. Au total, plus d’une centaine de prestations allant de l’électro au rap en passant par l’urbain, le rock et le psychédélique seront présentées dans 17 salles montréalaises. Un festival aussi varié dans son esthétisme que dans ce qu’il offre musicalement.

L’Équipe de Coup Coeur Francophone

Derrière les commandes de la programmation, on retrouve (notamment) Frédéric Lamoureux, un acteur bien actif depuis plusieurs années dans le circuit des festivals montréalais, mais présent pour un premier mandat à titre de programmateur au sein du CCF.

En tant que mélomane profondément ancré dans la culture locale, il a pris soin de répondre à nos questions afin d’en dévoiler davantage sur sa vision de la scène actuelle, ce qui a orienté les choix de programmation et ce qu’incarne CCF dans le grand spectre des événements culturels de la province.

Coup de Cœur Francophone incarne un arrêt sur l’image de la scène musicale francophone du moment. Qu’est-ce que vous avez constaté sur l’état actuel des choses en façonnant la programmation de cette 33e édition?

Le constat le plus clair, c’est que c’est foisonnant. Autant que Spotify et le streaming c’est pas payant, mais d’un autre côté, la découverte est encore maintenant beaucoup plus facile. Y’a un paquet de bands que j’écoute avec la facilité de l’internet et il y a un bouillonnement de musique hallucinante. Y’a même trop de bands à choisir!

C’est ce qui me fait tripper de CCF. La mission, c’est un peu un arrêt sur image à chaque année de ce qui se passe sur la scène montréalaise et francophone en général, donc autant en Suisse, en Belgique, en France et dans le reste du Canada. C’est comme le pont entre les francophonies qui existent. C’est vaste.

Mais à travers tout ça, le constat, c’est la qualité, l’émergence et l’amour de la langue française. J’aime ça sortir de la facilité. Y’a de la qualité dans le rock underground, le garage, le post-punk, etc. Il y a du stock dans tout! C’est comme un cercle chromatique. On est tellement rendu avec un paquet de couleurs, et dans la musique c’est la même affaire.

Vous puisez toujours dans un large éventail de genres pour faire découvrir un paquet de nouveaux talents qui risquent d’être les noms importants de demain. Qu’est-ce qui est venu vous chercher cette année dans votre défrichage du circuit local et comment avez-vous bâti cette nouvelle carte?

Pour moi, honnêtement, j’ai voulu monter ça en respectant le passé de CCF et le mindframe d’Alain (le fondateur original), Steve et Isa. Je veux vraiment qu’à chaque jour, quelqu’un se promène, qu’il découvre, et que ce ne soit pas juste un genre. Parce que c’est facile, j’aurais pu tomber dans le plus rock ou plus hip-hop, mais en même temps y’a des affaires comme France d’Amour.

Pis somme toute, ce que j’aimais comme festivalier dans le temps, c’était les découvertes et quand c’était des évènements spéciaux qu’on ne retrouve pas ailleurs. Mettons quelqu’un qui vit à Montréal et qui a vu FouKi plusieurs fois dans les derniers mois, ben c’est de faire en sorte de le montrer d’une manière que personne d’autre ne l’a vu. Le but c’était de faire aller la créativité.

Donc y’a aussi Keith Kouna qui sort son nouvel album de Kid Kouna. Il ne l’a pas présenté encore, on s’est dit qu’on allait le faire. Le but c’était de faire plein d’événements uniques.Mon trip, c’était aussi de faire des double-plateaux super intéressants et de faire des lancements à travers tout ça.

Overall, c’était de faire un paquet d’évènements spéciaux et de mélanger ça pour avoir un paquet de couleurs et de sons différents. Tout le monde est représenté dans tous les styles et tous les âges.

Toute la programmation de #CCF19

#CCF19 🤜❤️🤛 Toute la programmation ici : http://coupdecoeur.ca/programmation/

Posted by Coup de coeur francophone on Tuesday, October 8, 2019

La scène hip-hop québécoise est actuellement dans une période dorée et vous avez offert un beau spot à des artistes comme Lary Kidd, KNLO, Robert Nelson, Le 77 BE, L’Amalgame, ST x LIAM, etc. Comment avez-vous déterminé le lot d’artistes cette année?

C’est un genre de mélange de feeling et du fait d’entendre des affaires. KNLO et Robert Nelson étaient aux Francos, je me suis dit qu’on allait faire une soirée les deux ensemble au Ausgang au lieu de présenter Alaclair encore une fois. Les deux ont leurs forces, c’est incroyable. Sinon y’avait ST et Liam que j’aimais bien, et Liam m’a dit que le prochain album ils le faisaient en français au complet. Le timing était parfait. Et c’était aussi important de mettre L’Amalgame et Franky Fade à travers tout ça. Pour Lary Kidd, avec qui on fait son lancement d’album, à un moment donné on jasait, et il ne savait pas trop où présenter son show. Je lui ai dit : « man, on a les Foufs comme partenaire à c’t’heure! » Ca fit, t’sais, c’est le bad boy de LLA. Tout s’imbrique. C’est un paquet de concours de circonstance.

Parmi les coups particuliers de cette 33e édition, on note la présence d’entrevues à la mémoire de Dédé Fortin, un préambule au 20e anniversaire de son départ. De quelle manière a pris forme ce showcase en souvenir du frontman des Colocs?

C’est venu de l’attachée de presse de Dédé et des Colocs à l’époque, Lise, qui est super amie avec Alain. Quand on brainstormait, y’avait des anniversaires qui s’en venaient cette année comme le 15e du premier Malajube et celui d’Arcade Fire. Et dans les discussions, on est tombé là-dessus. Parce que dans le fond, en 2020, ça va faire vingt ans qu’il est mort, et l’idée c’était de faire une entrée sur le sujet.

Le concept, c’est de mettre l’accent sur les textes. Y’a la musique, évidemment, mais y’a aussi le gars qui a écrit les paroles. C’est une figure québécoise quand même assez hallucinante. Pendant trois soirs, c’est Marie-Christine Blais qui va animer la discussion (avec les invités). C’est une discussion autour d’une personne et de sa poésie, dans un endroit où il vivait à l’époque. Y’a quelque chose d’un peu magique.

Artistes présent lors du lancement de la programmation 2019

Le CCF offre des tribunes à une panoplie d’artistes établis, mais il est également une plateforme effervescente pour les nouveaux talents à découvrir. En tant que programmateur, quelles ont été tes découvertes dans la dernière année?

Moi j’aime ben Double Date with Death et Bleu Nuit. Ce soir-là, pour moi, ça me fait vraiment tripper. J’ai l’impression que les gens qui ont aimé Malajube vont aimer ça, sans que ce soit pareil. Y’a un vibe synth et alternatif. Et l’album de Bleu Nuit a été réalisé par Julien Mineau.

Sinon, y’a Grand Fanal de Francis Faubert. C’est comme du Gros Méné pis du Galaxie dans les premiers temps. Un peu stoner queb. Y’a aussi Birmanie, qui sortent un nouveau EP, et en première partie, eux m’ont parlé d’un groupe qui s’appellent Montréal Carnivore, que je ne connaissais pas. Pis c’est super bon, un autre band lourd.

La réputation du CCF n’est plus à faire et vous êtes clairement un incontournable depuis plusieurs années dans le circuit des festivals francophone au Québec. Comment voyez-vous l’avenir après une telle implantation dans le milieu? Vous avez d’autres objectifs en tête?

Le but c’est juste qu’on ait les reins assez solides pour être capables de présenter des shows dans des petits venues pis de faire des découvertes. Moi quand j’étais kid et que je venais assister à CCF en bus et que j’avais le programme en papier, ben j’étais content de venir découvrir des affaires qui n’étaient pas présentées dans les centre culturels du Québec. Découvrir des petits bands up-and-coming qui vont finir par arriver pis aller au Club Soda.

En fait, c’est d’être un tremplin et d’être capable de garder à toute notre équipe cette curiosité de mélomane et que ça nous drive tous ensemble. Alain dit tout le temps qu’on est des artisans. C’est une vieille expression, mais elle est vraie! Je veux juste que la musique moins connue soit mieux présentée et qu’elle existe pas juste dans le streaming. Je veux juste que les gens restent curieux et que la bonne nouvelle se propage.

Article précédent Article suivant

Vous aimerez peut-être...

Réagissez à cet article

Écrire un commentaire