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Entrevue avec Till, leader de la formation Guérilla Poubelle // Pouzza Fest 2019

Il y a certains noms de la scène punk francophone qui évoquent à la fois un sentiment de nostalgie et une décharge d’adrénaline bien actuelle. Figurant désormais parmi les figures emblématiques de la contre-culture de l’Hexagone, la formation Guérilla Poubelle, active depuis maintenant plus de quinze ans, marque par son énergie décapante, ses compositions corrosives et son inépuisable indignation face aux injustices de toutes sortes. Et ce, depuis leurs tout débuts.

Fort d’une longue année à errer entre les États-Unis et l’Europe pour balancer une myriade de concerts devant des hordes de fidèles appréciant les forts décibels et les hymnes rassembleurs, le groupe parisien se retrouve actuellement à renouer avec ses bonnes vieilles habitudes de tournées. Et qui sait, peut-être jeter les bases de l’écriture de la suite de La Nausée, leur plus récent album lancé il y a maintenant deux ans.

À l’occasion de leur passage au Québec pour le Pouzza Fest 2019, nous avons pu prendre quelques instants avec Till, le frontman et membre fondateur du groupe, pour discuter de l’actualité du groupe et son retour en sol québécois.

Guérilla Poubelle a tout récemment passé le cap des 15 ans d’existence et vous avez donné votre 1000e concert l’an dernier. Tu es un membre fondateur et beaucoup de choses ont changé depuis vos débuts. As-tu pu prendre le temps de contempler tout le chemin parcouru? Qu’est-ce que tu constates quand tu regardes derrière?

Till : Salut ! Hmm non je t’avoue ne pas trop être dans la contemplation nostalgique du passé. On est un groupe très actif, on joue une centaine de shows par an, on est toujours lancé en avant, plutôt à réfléchir à notre prochaine fin de semaine de concerts, notre prochaine tournée. J’ai toujours l’impression d’être un jeune groupe, probablement que les changements de line-up aident, mais je crois aussi qu’on aborde le groupe de façon légère, comme un hobby en quelque sorte, avec une certaine innocence. On ne répète presque plus, on ne fait pas de setlist pour les concerts. Ça nous laisse une marge de spontanéité. Quand on décide de faire un disque, on le compose et on l’enregistre dans la foulée, en une dizaine de jours maximum. On a aussi tous d’autres groupes à côté de Guerilla Poubelle… Je crois que ça nous permet de garder une certaine fraîcheur.

Votre plus récent album La Nausée, paru en 2017, était en bonne partie inspiré de l’œuvre de Sartre et de son personnage en perte d’inspiration qui remet en question ses projets. Vous dressiez d’ailleurs un parallèle avec l’état du groupe à ce moment-là. Est-ce que la création et la parution de cet album ont pu clarifier certaines choses pour le groupe et sa place dans le monde actuel?

Till : Oui, c’était surtout par rapport à mon rapport personnel à l’écriture, et pas exactement vis-à-vis du groupe ni de la musique en elle-même. J’étais vraiment empêtré dans une sorte de syndrome de la page blanche, en m’infligeant un niveau d’exigence très élevé, où tout ce que j’écrivais me paraissait fade et superficiel. Mais au moment d’enregistrer les voix, tout a commencé à avoir du sens et à s’imbriquer parfaitement dans les chansons. En quelques heures de chant en studio ça m’a complètement soulagé et rassuré sur la cohérence et la perspicacité du propos !

Le groupe, tout comme le mouvement punk au sens large, s’est toujours indigné face aux injustices et aux problématiques collectives. Comment percevez-vous tout ce qui se passe actuellement avec la montée de la droite radicale un peu partout autour du monde ou encore le soulèvement des Gilets jaunes en France? C’est le genre de trucs qui vous inspire?

Till : Oui, effectivement, j’en parle depuis le début du groupe finalement, mais le fait que j’aille mieux personnellement a bel et bien exacerbé cet aspect politique du propos, mettant de côté les complaintes un peu plus autocentrées de l’album précédent.

En 2018, vous avez fait énormément de tournées un peu partout en Europe et aux États-Unis. Mis à part pour l’enregistrement de la pièce La Ronde de Nuit paru sur la compilation ZOO 3, vous n’avez pratiquement pas eu le temps de vous retrouver en studio ou de répéter un peu. Avez-vous des plans à ce niveau cette année? Voyez-vous déjà la suite de choses se dessiner au niveau de la composition?

Till : En effet, en 2018 nous n’avons fait qu’une seule pratique la veille de notre 1000e show à Paris. C’était pour répéter une des plus vieilles chansons pour l’occasion! Cet enregistrement dont tu parles, on l’a fait à Montréal entre un concert à Ottawa la veille et notre vol retour pour Paris en fin d’après-midi ! On n’avait jamais joué cette pièce avant, c’était un peu stupide de notre part de nous être embarqués dans un plan pareil, mais au final ça s’est bien passé et on est très content de l’expérience ! On a aucun plan pour l’instant, on verra comment ça se profile, tout peut se faire très vite…

Beaucoup de groupes naissent et disparaissent en l’espace de quelques années. Guérilla Poubelle est désormais une figure notoire et durable dans l’histoire du punk français. Quels conseils donnerais-tu à un jeune groupe qui débute et qui espère faire longue route dans le domaine?

Till : Ça va rejoindre un peu ce que je disais au début, mais prendre ça comme un loisir fun sans trop se fixer d’objectif me semble un bon début. Le fait de ne pas en faire une activité professionnelle aussi nous a sans doute « sauvés ». Nous n’avons aucun souci de rentabilité, on a de comptes à rendre qu’à nous même, on fait un disque quand on veut, on fait les concerts qu’on veut, même si ce n’est pas payant, même si c’est stupide d’un point de vue « mercantile ». On n’a pas besoin de devenir big ou d’être populaire… Et puis finalement, la longueur de la route n’est peut-être pas si importante, cette société capitaliste et libérale à tendance à valoriser les « carrières », les « ascensions » mais je n’ai pas l’impression qu’on s’épanouit tant que ça en se fixant des objectifs de réussite (un concept toujours très subjectif qui plus est).

Faire un groupe super et vivre plein de belles choses avec ses amis, même pour une paire d’années seulement, en vaut déjà le coup. On peut multiplier les expériences de groupes, jouer avec des amis différents, explorer des types de sonorité et d’écriture multiples. Le but de tout ça n’est pas de marquer l’histoire avec vanité, mais de tromper l’ennui et bâtir une communauté inclusive où se sentir bien ensemble, à travers le punk-rock ou n’importe quoi d’autre…

Ça fait plusieurs années que vous avez une belle relation avec le public québécois. Vous serez de passage le 19 mai au sur le parterre du Quartier des Spectacles dans le cadre du Pouzza Fest 2019. À quoi est-ce que vos fans peuvent s’attendre pour ce retour bien attendu?

Till : Oui, on vient au Québec environ une fois par an depuis des années. On rentre tout juste de tournée européenne et on s’envole dans quelques jours, on a hâte d’être là, surtout pour pouvoir profiter du festival et serrer dans nos bras tous et toutes nos ami.e.s pendant la fin de semaine !


Pour voir Guérilla Poubelle au Pouzza Fest ce weekend, mais aussi :

Oktoplut,
Fortune Cookie Club,
Get The Shot,
Against Me!, Subb,
Andrew W.K.,
The Planet Smashers
et plusieurs autres…

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