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Festival OFF : l’audace du talent émergent

En marge des célébrations autour Festival d’été de Québec, un évènement musical complétement éclaté misant sur l’audace de la découverte s’impose comme l’alternative par excellence depuis des années dans les rues de la Vieille Capitale. Une fois de plus, les amateurs de propositions qui sortent de sentiers battus n’ont qu’à bien se tenir.

Pour sa 16e édition, le Festival OFF s’apprête à rebrasser les cartes de la créativité émergente avec une programmation qui s’annonce bouillonnante de talents, de marginalité et de performances exclusives. Du 3 au 7 juillet, les diverses scènes de l’évènement verront passer les spectacles (et autres DJ sets) de Mélanie Venditti, L I L A, N Nao, Lydia Képinski, Barrdo, Beverly Copeland, Valence et de nombreux autres qui viendront mettre leur couleur dans cette grande fresque musicale unique en son genre! 

Derrière les commandes du festival, on retrouve notamment Jean-Étienne Collin Marcoux, directeur de programmation, qui se charge de donner une place à une bouillonnante scène qui cherche à prendre des risques. On est allé à sa rencontre pour en savoir davantage sur sa vision de l’évènement, certaines prestations à surveiller et comment le OFF incarne un tremplin inclusif pour la relève locale.

L’année dernière, c’était le 15e anniversaire et vous aviez mis le paquet en termes d’offre, de diversité des genres et d’évènements spéciaux. Comment avez-vous approché la programmation de cette année après un tel coup de circuit?

On a quand même gardé la même orientation, ça reste la vision du OFF de présenter de la diversité, de la nouveauté et vraiment d’axer ça sur la représentation de styles qui sont généralement un peu sous-représentés, ou même, dans d’autres cas, de présenter des projets spéciaux faits le cadre du festival. C’est vraiment la ligne directrice. Après, on est peut-être revenu a une certaine source qui présentait encore plus de nouveaux projets qui en étaient à leur toute première prestation. Des trucs un petit peu plus dans l’expérimental, dans les styles plus marginaux ou axé sur la découverte. 

Et encore une fois, on a gardé le côté un peu flamboyant. Il y a peut-être moins de gros coups d’éclat, mais c’est peut-être plus des trucs qui ont l’esprit de risque. Il y a Bon Enfant qui est nouveau, sinon il y a aussi Valence, qui est le nouveau projet de Vincent Dufour qui était dans Medora. Il y a beaucoup de trucs qui vont être présentés pour la première fois à Québec.

C’est ta première édition en solo en tant que directeur de programmation depuis le départ de Sophie Bernier l’an dernier. Est-ce que tu as perçu une différence dans ta manière de faire les choses ou tu as tenu mordicus à garder l’esprit de ta prédécesseur?

C’est la 16e édition du OFF, donc c’est certain qu’il y avait des trucs qui étaient déjà installés et qui fonctionnaient très bien, ne serait-ce que par rapport aux lieux ou à la synergie entre les différentes scènes. Sinon, on a prolongé le dimanche en après-midi et on a rajouté une scène à La Barberie. Ça, c’est pour les nouveautés. Autrement, on veut vraiment garder la même dynamique, mais on a essayé de puiser un peu le processus avec les line-ups et tout ça. Aussi, du fait que je programme d’autres évènements, notamment au Pantoum, ça rentre un peu dans la ligne de compte dans la façon de faire les choses.

Vous puisez toujours dans un large éventail de genres pour faire découvrir un paquet de nouveaux talents qui risquent d’être les noms importants de demain. Qu’est-ce qui est venu vous chercher cette année dans votre défrichage du circuit local et comment avez-vous bâti cette nouvelle carte? 

📷 : Llamaryon

C’est dur à dire parce que c’est un processus qui se fait un peu tout le temps. L’idée c’est d’être constamment en écoute active, de porter attention aux nouveaux trucs et d’essayer des nouvelles affaires. Perso, un de mes coups de cœur cette année, c’est N Nao qui est dans la soirée d’ouverture. C’est un projet expérimental qui m’a vraiment touché et qui vaut vraiment la peine d’être découvert à mon avis. J’avais vu des perfos pis j’avais été complètement subjugué. Également, un truc plus underground et qui va moins faire l’unanimité mais qui vaut définitivement le détour, c’est Météo Ciel Bleu. C’est un nouveau projet montréalais de membres de Technical Kidman et Jerusalem In My Heart, qui est une proposition assez audacieuse. 

Cette année, le spectacle carte blanche a été donné à l’artiste L I L A. Qu’est-ce qui vous a charmé chez elle et qu’est-ce qui a motivé votre choix de lui accorder ce showcase extraordinaire du OFF?

Il y a certain nombre d’artistes dont le processus artistique ou l’enrobage sonore laisse présager une certaine profondeur qui peut aller plus loin. Je trouve que L I L A fait partie de ce groupe-là. Elle a tout un univers dans une musique qui est vraiment unique.  C’est un truc qui a une espèce de côté dark et atmosphérique qui se prête tellement a une mise en scène. C’est plus que juste des musiciens qui jouent sur scène. En perfo, elle fait un truc qui est super minimaliste et intimiste, ce qui rend vraiment service à sa musique, mais l’idée, justement, c’est de lui permettre de développer un peu plus son univers et de lui donner les moyens d’aller plus loin dans l’aura sombre et mélancolique de ses chansons. Le but du spectacle carte blanche, c’est vraiment de donner lieu à une création exceptionnelle qui va servir au développement personnel de l’artiste.

Parmi les coups particuliers de cette 16e édition, on note la présence de l’artiste trans Beverly Copeland, qui fait dans le jazz-folk à l’âge de 75 ans. C’est une première pour le festival d’avoir un artiste avec un tel bagage? Comment ce booking a pris forme?

C’est un artiste qui avait quitté la scène depuis près de vingt ans et ses derniers albums sont parus au début des années 1980. Récemment, on avait entendu parler de son retour. C’est un truc culte et super obscur. On a vu qu’il a participé à des émissions pour enfant, beaucoup de musique de films, des jingles et un paquet d’affaires. C’est quelqu’un qui a une carrière vraiment riche. J’ai vu qu’il était en tournée pile dans les dates du OFF, donc on n’avait pas le choix d’accueillir ça dans notre programmation. 

📷 : Llamaryon

C’est sûr que c’est un festival qui encourage la relève et des artistes qui sont plus généralement jeunes, mais d’avoir un artiste de 75 ans de cette nature-là, c’est quelque chose de nouveau. Je pense que ça va donner lieu à une expérience vraiment différente. Quelque chose de plus posé et mature, tout en finesse et en sensibilité. 

La réputation du OFF n’est plus à faire et vous êtes clairement un incontournable depuis plusieurs années dans le circuit des festivals émergents au Québec. Comment voyez-vous l’avenir après une telle implantation dans le milieu? Vous avez d’autres objectifs en tête? Il vous en reste encore beaucoup à réaliser selon vous?

L’idée, c’est de diversifier à chaque année pis de garder ça plaisant. A chacune des éditions, on se pose des questions à savoir si on revient exactement aux mêmes endroits, est-ce qu’on va chercher d’autres affaires, c’est quoi les nouveautés, etc. Ça ne cherche pas nécessairement à être fancy ou à essayer d’être autre chose. C’est un festival de découvertes et c’est déjà audacieux par sa programmation. Ça nous suffit! C’est pour les mélomanes, les gens qui sont peut-être tannés d’entendre la même musique ou qui ont envie de se challenger un petit peu. C’est ce qu’on est et c’est ce qu’on va continuer d’être. 

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