Le Pouzza Fest, ancré dans sa communauté | Entrevue avec Hugo Mudie, Lepointdevente.com

Le Pouzza Fest, ancré dans sa communauté | Entrevue avec Hugo Mudie

Depuis 15 ans, le Pouzza Fest rassemble au centre-ville de Montréal des festivalières et festivaliers de partout. Fondé en 2011 par Hugo Mudie et Hélène McKoy, l’événement fait battre le cœur de plusieurs adeptes année après année grâce à ses programmations inclusives, qui rallient plus d’une génération punk. Construit avec, et pour la scène locale, le festival est d’ailleurs demeuré l’un des seuls à être toujours indépendant dans la métropole. Pas de grandes corporations, ni de multinationales, seulement une petite équipe profondément attachée à sa communauté.

Au terme d’une 14e édition qui a attiré autour de 25 000 spectateur·rice·s, Hugo Mudie nous parle des différentes réalités du festival et de son évolution, dans un écosystème où l’indépendance se fait de plus en plus rare.

Fièrement montréalais

Édition 2026, crédit : Mihaela Petrescu

Après s’être concentré sur les concerts en salles pendant deux éditions au retour de la pause pandémique, l’équipe du Pouzza Fest annonçait en 2025 le grand retour de sa scène extérieure gratuite, en plus d’une programmation en salles bien étoffée. Cette relance en plein cœur du Quartier des spectacles a gagné en envergure cette année, alors que le site extérieur s’est déplacé jusqu’à l’Esplanade Tranquille, où, outre la scène principale, se trouvaient scènes acoustiques, ring de lutte et kiosques. « Le succès du festival passe beaucoup par le site extérieur », souligne Hugo. « Ça permet une visibilité beaucoup plus grande pour les commanditaires et les partenaires et, comme c’est gratuit et que ça s’adresse à toute la population, ça justifie aussi davantage le financement gouvernemental. »

Bon pour le développement, mais pas que. « Comme festival, c’est essentiel pour nous de s’intégrer à la ville, mais aussi en tant qu’artiste, j’ai toujours voulu mettre de l’avant la beauté et l’unicité de Montréal », ajoute le cofondateur. « Le fait de pouvoir s’implanter au Quartier des spectacles, je trouve que c’est important. J’ai grandi ici en allant dans les gros festivals, mais je n’ai jamais senti qu’on s’adressait vraiment à moi, au sens où ça a toujours été très grand public. Avec le Pouzza, je voulais rendre ça un petit peu plus inclusif pour les gens qui ne se sentent pas nécessairement touchés par les événements plus commerciaux. »

Le pari de l’audace

Rassembler, c’est ce que l’équipe du Pouzza propose chaque année en élaborant des programmations diversifiées, qui réunissent plus d’une centaine de groupes internationaux et locaux. Des noms bien connus du milieu punk jusqu’aux nouveaux venus, sur scène — comme dans la foule —, toutes les générations s’y croisent. Preuve qu’oser la découverte peut porter fruit. « Je trouve que s’il y a une chose qu’on fait bien au Pouzza, c’est de faire découvrir des artistes. C’est une fierté de démontrer qu’il y a de nouveaux groupes très bons, d’actualité et qui parlent de sujets d’aujourd’hui, au lieu de miser à 100 % sur la nostalgie. Je trouve ça tout aussi intéressant de savoir ce que les jeunes ont à dire que les plus vieux. »

Édition 2026, crédit : Mihaela Petrescu

Cette diversité, elle transparaît également dans une offre inclusive, qui accorde une place importante à la représentativité, et ce, depuis le tout début du festival « Quand on a commencé Hélène et moi il y a 15-16 ans, on s’est tout de suite dit qu’on ne voulait pas que ça soit un party de gars. On était tanné de ça. On avait envie que ce soit dans une ambiance plus cool et que les filles soient mises de l’avant. On voulait démontrer qu’il y a plus que juste des gars blancs qui font de la musique », dit Hugo, qui constate également une évolution dans le milieu depuis les dernières années. « Initialement, quand on a fait ça, ce n’était pas nécessairement pour lancer une discussion, mais, chose certaine, comparativement à l’époque où on a commencé, la conversation a beaucoup avancé. » 

Innover pour assurer l’avenir

De la lutte, en passant par les spectacles d’humour, jusqu’à un marché d’artisans et des activités pour enfants, dynamiser l’offre festivalière fait partie intégrante de la philosophie derrière le Pouzza Fest afin de créer une expérience mémorable pour le public. « Ça vient un peu d’un rêve de communauté », raconte Hugo. « Quand j’ai commencé à être dans le milieu punk, j’avais en tête un monde vraiment uni qui s’entraide et supporte l’art de l’autre, mais malheureusement, j’ai trouvé que c’était plus ou moins ça. En faisant le Pouzza, je me suis dit pourquoi ne pas mettre de l’avant le rêve initial que j’avais. Cette année, il y avait même une exposition d’art visuel! »

Édition 2026, crédit : Mihaela Petrescu

Qui dit varier ses activités dit aussi diversifier ses revenus en explorant de nouvelles sources de financement. Pour sa 14e édition, le Pouzza a mis en place un tirage 50/50, un projet venu de l’équipe et en partie inspiré de l’intérêt de son cofondateur pour les matchs sportifs, auxquels il assiste régulièrement. Au bout de la ligne, ce sont près de 10 000 $ qui ont été amassés dans le cadre de l’initiative qui s’est déroulée en ligne et sur le site du festival. « Comme on est indépendants, on est malheureusement un peu en compétition avec des compagnies milliardaires qui ont tous les moyens possibles, et qui reçoivent énormément de subventions comparativement à nous. Il faut donc essayer d’être un peu plus créatif dans nos façons de faire des revenus. C’en est une qui n’est pas nuisible, parce qu’au fond, tu donnes pour possiblement gagner, et en même temps, tu aides le festival », mentionne Hugo.

Être indépendant

À travers les géants de l’industrie, comment fait-on pour survivre? Pour le cofondateur, une chose est certaine, il faut faire les choses avec cœur, tout en se souciant du public et des artistes. « C’est vraiment l’idée de créer une communauté et de ne pas la lâcher. On est principalement un festival de musique, mais les autres mois, on organise des spectacles, on fait de la marchandise, des pop-up et des collaborations. On veut que les gens sentent qu’ils font partie du Pouzza à l’année. C’est sûr que ça prend beaucoup de courage et nécessite aussi des réflexions sur comment ne pas se laisser manger par cet espèce de monstre corporatif qui a le monopole, mais c’est de penser comment offrir quelque chose de différent qu’eux ne peuvent pas offrir. »

Édition 2026, crédit : Mihaela Petrescu

Alors que des initiatives comme la vente de marchandise sont importantes pour la pérennité du festival et de son site extérieur, pour que les choses changent davantage, il faudrait avant tout une meilleure reconnaissance des enjeux, selon Hugo, qui fait d’ailleurs partie du comité du Quartier des spectacles. « On est un petit festival indépendant et pour que ça continue, on a besoin du support des compagnies et que le gouvernement nous aide. Souvent, quand on rencontre des commanditaires, certains nous disent que la plupart de leur budget va aux gros festivals, cofinancés par une multinationale américaine. Pourquoi quelqu’un qui est déjà riche aurait besoin de ça? Je pense qu’il faut qu’il y ait une prise de conscience de la population, des instances gouvernementales et des compagnies privées. On ne peut pas offrir autant de visibilité que les gros joueurs, mais on peut offrir quelque chose d’un peu plus vrai. C’est ce que j’espère que certaines compagnies comprennent et qu’elles aussi, aient envie d’endosser ces valeurs-là.

Si le moral est parfois difficile à garder, l’une des plus grandes récompenses pour Hugo reste de voir l’enthousiasme du public pour le festival. « C’est littéralement ça qui nous garde en vie! Je suis extrêmement reconnaissant quand quelqu’un m’écrit pour me dire que c’est son week-end préféré. »

Le Pouzza Fest présentera sa 15e édition du 22 au 25 juillet 2027 au centre-ville de Montréal, et se déplacera au Mexique pour une première fois en mars prochain. D’ici là, des concerts son également au calendrier, ainsi qu’un marché pop-up les 15 et 16 août 2026 à Montréal.

Images de couverture : Foule lors de l’édition 2026, crédit : Mihaela Petrescu. Hugo Mudie, crédit : Cléo Beauchamp Paquette

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