La Ligue d’Improvisation Musicale de Montréal : le pouvoir rassembleur de la musique

Un plaisir tout particulier se fait ressentir dans toutes les salles où la Ligue d’impro musicale de Montréal (LIMM) fait chanter ses instruments. Fondée il y a maintenant quinze ans, cette dernière se déploie autour d’un concept clair et détonnant à travers lequel deux équipes de cinq musiciens s’affrontent sur une scène devant un public hautement survolté. Énergie créatrice, quand tu nous tiens!

Guidés par leurs talents bruts, les joueurs doivent gagner le cœur des spectateurs, tout en respectant les thèmes et contraintes imposées lors des joutes. Le spectacle est propulsé par la complicité des participants, mais surtout, par la spontanéité mélodique qui capture des moments. Une formule ludique qui aura efficacement tissé des communautés de fidèles et autres curieux au fil des années.

La magie des parties de la LIMM est également due à l’un de ses ingrédients (pas si) secrets : l’arbitre Patrick Guérard. Présent depuis les premières incarnations de la ligue dans la métropole, celui-ci a teinté le spectacle de son ton savoureusement irrévérencieux qui sait mettre le feu aux poudres. On a pu l’attraper en pleine frénésie des Fêtes pour discuter de son implication dans le circuit de l’impro, de son personnage de scène et de l’évolution de la ligue à travers le temps.

Cette année, la LIMM a célébré ses 15 ans. Tu es présent depuis la fondation. Comment t’es-tu retrouvé dans le projet? Savais-tu dans quoi tu t’embarquais lorsque tu as commencé?

Les premiers matchs d’impro musicale se sont déroulés dans la ville de Québec.  L’arbitre de ces soirées (la LIMQ), qui ont encore lieu dans la Vielle Capitale, est Jean Bélanger.

De mon côté, à l’époque, j’arbitrais la ligue d’improvisation théâtrale de l’Université Laval et Jean m’avait demandé de le remplacer à quelques reprises pour la LIMQ. En s’inspirant du succès des soirées à Québec, Éric Harvey et Fred Poulin ont fondé la LIMM. Lors de mon déménagement à Montréal je suis donc devenu l’arbitre de la LIMM.

Comment décrirais-tu l’évolution de la ligue de ses premières joutes à aujourd’hui? Il y a quelque chose qui t’a frappé dans la progression des choses?

Au départ, les musiciens n’étaient pas familiers avec le concept de la compétition. Ils s’inspiraient de l’impro théâtrale et voulaient faire rire les gens à tout prix. Cela ne donnait pas toujours des résultats heureux. Avec les années, les choses se sont affinées. On fait toute la place à la musique. Aussi, la réputation de la ligue permet d’attirer de plus en plus de musiciens.

Selon toi, quels ont été les moments forts dans le déploiement de la LIMM et de son implantation dans le circuit québécois?

Ce sont tous ces petits moments de génie que les musiciens improvisent. Le spectacle a su évoluer, s’adapter et s’améliorer. Ce qui rend la ligue unique, c’est que, même après 15 ans, c’est la fraîcheur et la spontanéité qui définissent chacune des soirées. 

Il y a un côté ludique dans l’esprit de la LIMM. C’est présent depuis le début ou c’est quelque chose qui s’est imposé par la force des choses?

Au départ, l’arbitrage était inspiré de celui d’Yvan Ponton de la LNI. Les musiciens étaient plus cabotins et le maître de jeu était sévère et autoritaire. Je voulais éloigner le spectacle de la LIMM de celui de la LNI. Donc, mon rôle d’arbitre est devenu plus ludique et sarcastique. Les musiciens ont la tâche de faire de la bonne musique et de nous faire voyager. Ce n’est pas une vraie compétition. C’est un spectacle d’abord et avant tout.

Tu as un regard de proximité sur la ligue. Selon toi, qu’est-ce qui fait un bon joueur? Quelles sont les caractéristiques? Ce n’est probablement pas le simple fait d’être bon musicien.

Les grandes qualités d’un improvisateur musical sont: la curiosité, la versatilité et l’écoute.

Tu t’es créé un personnage détestable et impitoyable en tant qu’arbitre. Comment ce personnage est-il venu au monde et de quelle manière le public réagit à lui?

Mon personnage semble détestable, mais il est juste et bon. Il est l’autorité suprême du spectacle. Le public et les musiciens prennent plaisir à le haïr et j’aime bien leur rendre la pareille. Je ne me gêne pas pour remettre les musiciens à leur place lorsqu’ils sont dissipés. Et pour ce qui est du public, j’aime bien leur rappeler qu’ils viennent voir des spectacles pour s’évader du quotidien de leurs vies ordinaires. C’est certain que lorsque je nomme le public « La plèbe », ils réagissent… mais au fond, ils aiment ça. Qui aime bien châtie bien.

Tu as une vue prenante sur le public et ce qui le fait vibrer. Qu’est-ce qui résonne le plus fort chez le spectateur? Qu’est-ce qui vient le chercher?

Le public aime être diverti par l’arbitre et l’équipe d’animation, mais ils viennent pour la musique. La chose qui vient les chercher, les prendre aux tripes, c’est quand la musique est bonne. Une bonne impro les fera toujours applaudir, mais une impro mémorable les fera crier et se lever de leur chaise!

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Alexandre Demers

Pigiste, rédacteur et homme-orchestre sans orchestre.

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