Les Nuits Psychédéliques : la nature festive de l’audace

Même si le psychédélisme est fortement rattaché aux années 1960, ses traces sont encore bien visibles aujourd’hui. Parlez-en à l’équipe du festival indépendant Les Nuits Psychédéliques, qui propose une vitrine entièrement dédiée à ce courant artistique dans la Vieille Capitale depuis 2014. La scène locale est bien vivante et rassemble des foules de fidèles de cette contre-culture aux touches décadentes.

Incarnant un véritable carrefour de musique, vidéo, arts visuels et même littérature, le festival rassemblera une variété de nouveaux talents pour cette 7e édition qui se déroulera du 2 au 4 avril 2020.

L’organisation a même cherché à étendre sa programmation vers de plus vastes horizons : en plus de présenter une carte très à propos avec des noms comme UUBBUURRUU, Gus Englehorn et Bon Enfant, on y retrouvera des artistes de genres musicaux en périphérie, tels que DJ Paul Cargnello et Beat Sexu. La Nef de St-Rock, la nouvelle salle où se tiendra la majorité des célébrations, n’a qu’à bien se tenir!

Pour en savoir davantage sur la nouvelle programmation, l’évolution du festival et l’état des choses actuelles, nous avons discuté avec David Ouellet, directeur du festival, ainsi que François Deschamps, responsable de la programmation.

Cette année, les Nuits Psychédéliques en est à sa 7e édition. Comment t’es-tu retrouvé dans le projet?

David : En fait, je n’y suis pas depuis le début, mais presque. Les deux premières éditions ont été menées par François Deschamps, Tania B. Lacasse, les frères Max et Guillaume Chiasson ainsi que Jean-Claude Anto. Étant ami avec François depuis un bon moment déjà, il me parlait déjà de cette idée qu’il avait de fonder un festival d’arts psychédéliques.

En gros, je suis entré dans l’équation en tant que spectateur sur la 2e édition et j’ai commencé à m’impliquer à partir de la 3e édition. Au fil du temps, je suis passé de la personne qui te disait de « ne pas sortir dehors avec ta bière » au stage manager, pour finalement hériter de la direction à partir de la 5e édition. Ceci dit, je n’avais aucune ambition particulière, sinon juste de donner un coup de main à l’organisation. L’équipe a beaucoup changé au fil du temps et puis on en est là aujourd’hui, à l’aube d’une 7e édition qui promet.

Comment décrirais-tu l’évolution du festival de ses premiers balbutiements à aujourd’hui? Il y a des moments-clés dans la progression des choses jusqu’à cette 7e édition?

David : D’abord, les lieux de diffusions ont changé. Durant les deux premières éditions, le festival se déroulait sur les deux étages du défunt Cercle, sur St-Joseph. À la troisième édition, le festival est déménagé dans la Salle-Multi du complexe Méduse et y est resté jusqu’à la 6e édition. Le festival a aussi étendu ses activités au Maelstrom, au Griendel, au Pantoum, au disquaire Le Knock-Out, à La Cuisine et, cette année, on se retrouve à la Nef de St-Roch.

Il faut aussi dire qu’au début, le tout était mené à bout de bras par une gang de bénévoles dévoué(e)s. C’est toujours le cas, mais on a structuré le tout en en faisant un OBNL officiel, en ayant un C.A., en allant chercher des partenaires, etc. Sans dire qu’il y a eu des moments-clés, disons que le festival est en constante évolution, toujours pour le mieux.

Vous puisez évidemment toujours dans un éventail de genres psychédéliques pour faire découvrir un paquet de nouveaux talents. Qu’est-ce qui est venu vous chercher cette année dans votre défrichage du circuit local? Comment avez-vous bâti cette nouvelle programmation?

François : Il y a tellement de qualité présentement dans la scène québécoise que c’est un pur plaisir de faire la programmation. Nous essayons, dans la mesure du possible, d’offrir aussi une occasion de diffusion de qualité pour les groupes québécois qui sortent des albums en 2020, comme c’est le cas pour UUBBUURRUU, Beat Sexu ou Death Wheelers, par exemples. Nous débutons le travail de programmation presqu’un an à l’avance pour justement pouvoir arrimer les sorties d’albums des artistes et leur participation aux Nuits Psychédéliques.

On dénote dans cette 7e édition la présence notoire de groupes comme Uubbuurruu, The Death Wheelers et Les Martyrs de Marde. Est-ce que vous avez cherché à axer la carte du festival sur les sonorités particulièrement heavy et stoner?

François : La scène psychédélique a toujours eu une proximité avec la musique stoner. Depuis les débuts du festival, nous avons des artistes stoners, et cette année, nous offrons une soirée entière sous la direction des Martyrs de Marde avec Appalaches, Death Wheelers, UUBBUURRUU et Scare. La musique stoner est en pleine santé au Québec et, selon moi, elle mérite d’avoir sa propre soirée dans la programmation des Nuits Psychédéliques.

Dans la programmation, on remarque aussi une sélection d’artistes beaucoup plus « clean » au niveau musical, dont l’indie pop de Beat Sexu et le retro funk de DJ Paul Cargnello. Ça provient d’une volonté de tendre la main vers un public différent? Qu’est-ce qui a motivé vos choix?

François : Même si le festival a un public loyal depuis les débuts, c’est tout de même difficile de faire sortir les gens trois soirs de suite pour assister à un événement. C’est pourquoi nous avons fait le choix d’ajouter certains styles en périphérie du psych. La soirée DJ de Paul Cargnello sera un hommage à l’influence de la Nouvelle-Orléans dans la musique psych et rock.

Quant à Beat Sexu, c’est une surprise pour moi aussi! C’est le nouvel album qui propose une pop intelligente et brillante qui nous a convaincus d’ajouter une portion un peu plus dansante à la soirée du vendredi. Même si certains artistes ne sont pas à proprement parler « psych », nous croyons qu’un événement n’a pas le choix d’offrir une programmation un peu plus large pour espérer élargir un peu son public.

Est-ce un défi pour vous de devoir « réinventer », d’une certaine manière, le festival à chaque année? En tant que programmateur, quels sont les plus gros enjeux auxquels vous devez faire face pour t’assurer de bien guider le festival et de continuer à susciter de l’engouement?

François : En toute honnêteté, il y a tellement de qualité présentement au Québec que le plus gros défi, c’est de devoir dire non à certains excellents projets! Ensuite, nous aimons penser que les gens viennent aux Nuits Psychédéliques pour l’expérience globale et non pas uniquement pour les noms d’artistes sur l’affiche. Il y a une telle course aux « gros noms » présentement dans les festivals qu’il faut parfois se convaincre nous-mêmes de ne pas succomber à la tentation de faire une programmation en fonction des ventes de billets.

Cette année, nous avons porté une attention particulière à la présence des femmes dans notre programmation. 55% des groupes présents aux Nuits auront au moins une femme dans leurs rangs.

Au-delà de la musique, vous laissez une place importante aux arts visuels, aux productions vidéo, et à la littérature. En tant que programmateur, qu’est-ce qui vient vous chercher dans ces formes d’arts? Et de quelle manière réussissez-vous à les incorporer avec succès à la programmation?

François : Le psychédélisme ce n’est pas que la musique. C’est pourquoi il est impératif pour nous de mettre une attention particulière à l’habillage de la salle. La création vidéo, l’éclairage et la voûte de la Nef donneront assurément une ambiance immersive intense. Nous recherchons avant tout de l’audace. De pouvoir présenter certains projets audacieux qui ne trouveront pas facilement des occasions d’être présentés devant public à Québec.

Par exemple, cette année, un groupe d’artistes, essentiellement des femmes issues du milieu littéraire de Québec présentera un spectacle nommé Les Prophétesses où des musiciens improviseront en fonction du style et des thématiques des textes. Notre volonté pour les prochaines années est d’élargir les types d’arts psychédéliques et d’explorer des médias comme le cinéma, le théâtre et la danse pour enrichir encore plus la proposition artistique des Nuits Psychédéliques.

Cette année, c’est entre les murs de La Nef de St-Roch que se tiendra la majorité des célébrations où fuzz et lumières enflammeront les esprits. Comment ça s’est matérialisé cette présentation dans la Nef? Et sens-tu que ça va ajouter un niveau encore plus psychédélique d’avoir le contraste aussi marqué entre la musique lourde et le lieu sacré?

David : En fait, c’est un heureux concours de circonstances. Puisque le complexe Méduse sera en rénovation durant près d’un an, on devait absolument trouver un autre lieu. On s’est donc tourné vers la Nef parce qu’effectivement, c’est vraiment une belle salle qui amène une toute autre dimension à notre proposition avec son décor.

Est-ce que ça va ajouter une couche au psychédélisme? On l’espère bien et on travaille dans ce sens. En tout cas, déjà plusieurs artistes et amis nous ont dit avoir vraiment hâte d’investir ce lieu unique! Tout comme la totalité des membres de notre équipe, d’ailleurs.

La réputation des Nuits Psychédéliques n’est plus à faire dans le circuit des festivals émergents de la province. Vous êtes maintenant un incontournable depuis quelques années. Comment percevez-vous l’avenir après une telle implantation dans le milieu?

David : Ça peut paraître bizarre, mais c’est difficile de répondre à cette question. T’sais, notre but n’est pas de croître sans cesse pour devenir une méga production. On a trouvé notre niche et on y est bien confortable. En fait, l’objectif ultime était de nous tailler une place de choix dans le décor et d’être reconnu comme un événement crédible qui permet à des groupes autant de la relève que bien établis de se produire dans un contexte professionnel. Donc de ce côté, je crois qu’on peut maintenant dire mission accomplie.

Après, on aimerait bien intégrer un peu plus de formes d’arts psychédéliques à l’événement, qu’on parle d’art visuel, de danse, de lyrisme ou autre. Déjà, depuis deux ans, on explore un peu plus cette avenue, mais il y a de la place pour en faire davantage. En fait, tant que les artistes sont heureux/heureuses, que le public est satisfait et présent, et que les finances balancent à la fin de l’exercice, on est heureux

Alexandre Demers

Pigiste, rédacteur et homme-orchestre sans orchestre.

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